Les deux derniers hauts-fourneaux sont définitivement éteints. Quel est votre état d’esprit ?
Je suis bouleversé. Nous nous sommes battus pendant de longs mois et, au bout du compte, nous sommes perdants sur toute la ligne. Les politiques nous ont floués alors que nous avions placé beaucoup d’espoir dans leurs paroles et leurs promesses, surtout depuis l’élection de François Hollande. J’ai le sentiment que nous avons été instrumentalisés par les politiques. Ils sont tous venus pendant la campagne, pour poser avec nous, c’était porteur pour eux, mais ensuite ils nous ont lâchés, alors qu’il y avait des solutions de reprise. Le gouvernement a capitulé face à la puissance financière de Mittal.

Quelle est la part du symbole dans votre combat pour la survie de ces installations ?
La vallée sidérurgique de la Fensch, où se situe Florange, est magnifique quand toutes les installations usinières fonctionnent. La nuit, c’est féerique, avec les lumières, les bruits, les fumées. Ça a vraiment de la gueule. Et les hauts-fourneaux, c’est le symbole de la Lorraine industrielle. Si on les arrête, ils deviennent des momies, des tas de ferraille. C’est impensable. Imaginez qu’on enlève leurs montagnes aux Savoyards... Toute notre vie s’est organisée autour des usines, elles imprègnent notre quotidien en permanence. La fin de la sidérurgie signera aussi la disparition de la culture ouvrière.

Quels sont vos projets ?
Le combat que nous avons mené était éprouvant, sur le plan personnel et familial. J’ai besoin de reprendre pied, mais je continuerai la lutte tant que j’aurai la force mentale et physique de le faire. Le mandat de François Hollande n’est pas terminé. S’il en a le courage, il peut encore agir pour Florange. C’est le message que je vais m’employer à lui adresser. 

*Edouard Martin vient de publier un ouvrage, Ne Lâchons Rien (Cherche Midi), où il raconte son parcours et sa lutte pour Florange. Un ouvrage à l’image de son tempérament : clair, simple et direct.