Nouvelle journée de tensions en Egypte. Deux jours après la destitution de Mohamed Morsi, au moins cinq manifestants favorables au président islamiste déchu ont été tués au Caire et plusieurs autres blessés dans des échanges de tirs avec des soldats. Ces tirs ont eu lieu aux abords d'un bâtiment de la Garde républicaine, une unité chargée de protéger la présidence égyptienne.

Un peu plus tard dans la soirée de vendredi, des affrontements ont éclaté entre partisans et opposants de Mohamed Morsi aux abords de la place Tahrir. Des tirs ont été entendus et les deux camps se sont jeté des pierres sur le pont du 6-Octobre à proximité de la place emblématique de la capitale égyptienne, tandis que des ambulances ont transporté des blessés. Une situation extrêmement tendue qui a engendré l'intervention de l'armée pour séparer les deux camps.

Quelques heures plus tôt, la coalition de l'opposition à Mohamed Morsi, le Front du salut national (FSN) a lancé "un appel urgent à se mobiliser sur toutes les places d'Egypte en soutien à la révolution du 30 juin", a annoncé dans un communiqué son porte-parole, en référence aux manifestations monstres de dimanche.

"Vendredi du refus"

Face à eux, des milliers d'Egyptiens ont manifesté au Caire pour un "vendredi du refus", contre le coup militaire qui a renversé le président islamiste et la vague d'arrestations qui a suivi au sein de son mouvement des Frères musulmans. Devant la mosquée Rabaa al-Aadawiya, dans le faubourg de Nasr City, les manifestants, dont une partie campent sur place depuis plusieurs jours, ont prié ensemble, à l'appel de l'imam, pour "le retour de Morsi au pouvoir". "Nous résisterons pacifiquement aux chars", a déclaré un haut dirigeant des Frères musulmans, Mohammed Beltagui, présent sur place. "Nous ne reconnaissons pas le coup d'Etat et nous ne travaillerons pas avec les nouvelles autorités", a-t-il ajouté.

Dans la soirée, le procureur général égyptien a libéré Saad al-Katatni, le chef du Parti de la justice et de la liberté, vitrine politique des Frères musulmans, et l'adjoint du Guide suprême de la confrérie, Rached Bayoumi, selon l'agence officielle Mena. Mais l'offensive politique se poursuit contre les islamistes : la Chambre haute du Parlement qui assumait la totalité du pouvoir législatif après la dissolution l'an dernier de la chambre des députés, a été également dissoute. Elle était en effet acquise au président Mohamed Morsi. Le président par intérim Adly Mansour a également nommé un nouveau chef du renseignement, Mohammed Ahmed Farid.

Dans le Sinaï (nord-est), cinq policiers ont été tués par des hommes armés, peu après la mort plus tôt dans la journée d'un soldat dans cette région instable, frontalière avec Gaza et Israël, selon des sources sécuritaires. Des hommes armés circulant à moto ont tiré sur les policiers en faction devant un bâtiment officiel dans la ville de El-Arich, avant de prendre la fuite. Depuis le 26 juin, les troubles en Egypte ont tué au moins une cinquantaine de personnes.