Il était le premier président démocratiquement élu d'Égypte. Un an plus tard, Mohamed Morsi a été débarqué mercredi par l'armée. Celle-ci était venue appuyer lundi ses opposants qui manifestaient en masse, en fixant au chef de l'Etat un ultimatum de 48 heures pour "satisfaire les demandes du peuple".

Jusqu'au bout, Mohammed Morsi aura donc refusé de capituler sous la pression de la rue, mettant en avant sa légitimité acquise dans les urnes (il a été élu par 51,73% des voix). Mardi, il avait rejeté l'ultimatum de l'armée. Mercredi après-midi, il avait lâché du lest in extremis en proposant pour sortir de la crise "un gouvernement de coalition et de consensus afin d'organiser des législatives à venir". Trop tard.

La Constitution suspendue

Au terme d'une longue journée de suspense et de tractations, le général Abdel Fattah al-Sissi a pris la parole à la télévision pour annoncer qu'il mettait sa menace à exécution. Mohamed Morsi est remplacé par le président du conseil constitutionnel, Adly Mansour, et la Constitution est suspendue, jusqu'à la tenue d'une présidentielle anticipée. L'officier a par ailleurs promis la mise en place d'un gouvernement regroupant "toutes les forces nationales" et "doté des pleins pouvoirs" pour "gérer la période actuelle". Sans préciser combien de temps celle-ci pourrait durer.

Le président déchu semble néanmoins décidé à ne pas s'avouer vaincu. "Les mesures annoncées par le commandement des forces armées représentent un coup d'Etat complet, rejeté catégoriquement par tous les hommes libres de notre pays", a-t-il déclaré sur Twitter. Ses partisans ont manifesté dans certaines villes d'Egypte, notamment à 
Marsa Matrouh (nord-ouest) où au moins quatre Frères musulmans ont été tués dans des affrontements avec les forces de l'ordre.

Le soutien de Washington semble avoir fait défaut au président au plus mauvais moment. Si les Etats-Unis se sont dit mercredi soir "très inquiets" de la situation dans le pays, la porte-parole du département d'Etat a ajouté qu'ils avaient le "sentiment qu'il manquait des propositions déterminantes dans les propos du président Morsi".

Explosion de joie place Tahrir

Place Tahrir au Caire, l'annonce du putsch a été accueillie par une explosion de liesse populaire. La même qui avait accueilli, le 11 février 2011, la destitution d'Hosni Moubarak. A l'origine de la contestation, le mouvement Tamarrod (rébellion en arabe), accusait Morsi de gouverner au seul profit de sa formation islamiste d'origine, les Frères musulmans. C'est aussi plus largement l'échec du président à améliorer le quotidien des Egyptiens que signe leur colère. Plus de deux ans après la fin de la dictature, le chômage n'a cessé de grimper (plus de13% aujourd'hui, contre 9% avant la révolution de 2011), de même que les prix, et la population vit au rythme des coupures de courant et des pénuries d'essence.

De retour aux manettes du pays, l'armée sait que les attentes qui pèsent sur ses épaulettes sont fortes. Et qu'elle ne peut pas se permettre de reproduire le scénario qui avait suivi la chute de Moubarak. Après un court état de grâce, les militaires s'étaient en effet retrouvés à leur tour conspués pour leur mauvaise gestion, au cri de : "A bas le régime militaire".