Un an après l'accession au pouvoir de Mohamed Morsi, l'Egypte est plus que jamais coupée en deux. Au point que l'anniversaire de l'investiture du chef de l'Etat, le 30 juin, s'annonce comme à très hauts risques. Des centaines d'opposants affluent ce dimanche matin sur la place Tahrir au Caire, pour réclamer la démission de Mohamed Morsi. "Le peuple veut la chute du régime", scandent les manifestants, certains brandissant des cartons rouges à l'adresse du président. Le cortège doit se diriger vers le palais présidentiel dans l'après-midi.

Parallèlement, les Frères musulmans, la confrérie dont est issu le président, a appelé elle aussi à une "mobilisation générale" pour appuyer le chef de l'Etat. Les heurts entre les deux camps ont déjà fait huit morts depuis mercredi, dont un Américain à Alexandrie.

La rébellion veut faire une "deuxième révolution"

Les opposants promoteurs de la campagne Tamarrod lancée en avril, dont le nom signifie "rébellion", réclament purement et simplement la démission du chef de l'Etat, à la fois premier islamiste et premier civil à accéder à la plus haute fonction du pays. Selon la dernière annonce de Tammarod, qui jusqu'ici revendiquait 15 millions de signatures sur sa pétition, ce sont désormais 22 millions d'Egyptiens, plus du quart de la population, qui ont ainsi exprimé leur souhait d'un départ de Mohamed Morsi et d'élections anticipées. Cela promet une forte affluence dimanche au Caire devant le palais présidentiel, entre autres lieux de manifestation dans le pays.

Pour les Egyptiens hostiles au pouvoir, qui hier encore se sont rassemblés par milliers place Tahrir, au Caire, il s'agit rien de moins que de faire une "deuxième révolution". Comme dans les semaines qui ont précédé la chute de Hosni Moubarak début 2011, des dizaines de tentes ont poussé sur ce site emblématique. Ailleurs au Caire, les militants islamistes favorables à M. Morsi n'étaient pas moins nombreux vendredi autour d'une mosquée du faubourg de Nasr City, dans l'est de la capitale. Là aussi, c'était la deuxième fois de la semaine que des milliers de personnes se sont rassemblés vendredi, dont une partie à passer la nuit sur place, devant la mosquée Rabaa al-Adawiya.

Un Américain de 21 ans tué à Alexandrie

Ailleurs encore, notamment à Port-Saïd, sur le canal de Suez et dans le delta du Nil, les rassemblements quotidiens se succèdent, parfois violents. C'est à Alexandrie, dans la grande ville du nord qu'Andrew Pochter, l'employé américain d'une organisation non-gouvernementale a été tué vendredi, alors qu'il prenait des photos. Les circonstances de la mort de ce jeune homme de 21 ans sont incertaines. Certaines sources ministérielles ont évoqué un coup de couteau, une source médicale à parler de "tirs de chevrotine". 

Quoi qu'il en soit, le département d'Etat américain a annoncé l'évacuation d'une partie de son personnel diplomatique "en raison des troubles politiques et sociaux" et conseillé à ses ressortissants de différer tout séjour touristique ou non-indispensable dans le pays. Entre autres capitales qui ont annoncé la fermeture de leurs ambassades ce dimanche et diffusé des consignes d'extrême prudence, Paris a recommandé de limiter ses déplacements au "strict nécessaire" et Londres d'éviter absolument la péninsule du Sinaï, où, dans l'absolu, la sécurité s'est nettement détériorée depuis 2011.

Pas de dialogue en vue

Dans ce contexte on ne peut plus tendu, ayant connu ces derniers mois des épisodes de pénurie, nombre d'Egyptiens se sont rués sur les stations d'essence, les pharmacies et autres épiceries. Apparu lui-même inquiet d'une possible dérive de la situation, le président Morsi a appelé mercredi l'opposition au dialogue, estimant que la polarisation du pays à l'extrême pourrait l'amener à la "paralysie" et au "chaos". 

En tout état de cause, face à l'opposition qui a répondu par une fin de non-recevoir, le  Parti de la liberté et de la justice, qui est accusé de ne gouverner qu'au seul profit des Frères musulmans et d'oeuvrer à une nouvelle forme de dictature, a indiqué vendredi qu'ils ne permettront pas "un coup d'Etat contre le président". "Vous n'êtes pas la seconde révolution et nous ne sommes pas Moubarak. Nous avons participé à la révolution" a ajouté Mohamed al-Beltagui, un responsable de la confrérie, à l'adresse de l'autre camp, devant des dizaines de milliers de ses propres partisans.

Et l'armée dans tout ça ?

En bref, alors que la presse se déchire de même, titrant pour qui "un air de révolution (de retour) sur la place Tahrir", pour qui "L'Egypte contre les Frères musulmans", ou à l'inverse sur " la défense de la légitimité" de M. Morsi, nul ne tend vers l'apaisement. La grande question du moment, qui divise d'ailleurs dans chacun des camps est de savoir quel rôle doit tenir l'armée. Cette dernière a en tout cas annoncé qu'elle pourrait être amenée à intervenir en cas de menaces pour la stabilité du pays et a d'ores et déjà déployé ses forces autour des installations vitales.