L'armée a franchi une nouvelle étape dans la répression de l'organisation islamiste des Frères musulmans en Egypte. La justice a interdit lundi les "activités" et ordonné la "confiscation des biens" de l'influente confrérie, dont est issu l'ex-président déchu Mohammed Morsi. Depuis sa destitution début juillet et son arrestation, les nouvelles autorités installées par l'armée répriment dans le sang les manifestations de ses partisans et ont arrêté les principaux dirigeants de la confrérie. Ils seraient déjà 2.000 en prison. Cette fois, l'armée compte anéantir son ennemi à la racine.

Le jugement du tribunal réuni d'urgence lundi s'applique à la confrérie - qui n'a pourtant aucune existence légale - mais aussi à "toute organisation qui en émane ou est financée par eux". Parmi ces organisations satellites figure notamment le parti de la Liberté et de la Justice, bras politique des Frères musulmans, qui pourrait être interdit après avoir confortablement remporté les premières législatives libres fin 2011, quelques mois après la chute de Hosni Moubarak. Une façon donc, pour l'armée, d'exclure définitivement l'organisation de l'arène politique.

"Les jeunes radicaux vont vouloir se venger"

Une décision qui "confère au délire", lâche à metronews Marc Lavergne, chercheur au CNRS et spécialiste de l'Egypte, qui souligne que les Frères musulmans représentent "la majorité des égyptiens". "Eradiquer les Frères musulmans, c'est vouloir effacer un siècle d'histoire de l'Egypte, où l'organisation était très présente, et ignorer des pans entier de la société égyptienne", souligne le chercheur.

Le jugement rendu lundi n'est toutefois pas définitif et peut encore faire l'objet d'un appel. En pratique, la mesure semble d'ailleurs très complexe à mettre en œuvre. "Socialement et économiquement conservateur, la confrérie regroupe une partie de la classe moyenne et des notables égyptiens, qui possèdent des commerces, des usines et financent tout un tas d'activités sociales, culturelles ou sportives qui rythment les vies de quartiers", ajoute Marc Lavergne. "Tout cela va aboutir à du terrorisme aveugle", prévient le chercheur. Leurs chefs étant en prison, "les jeunes radicaux vont vouloir se venger".