L'audience aura tourné court. A peine quatre mois après sa destitution, l'ex-président égyptien Mohamed Morsi a comparu lundi devant la justice de son pays, qui l'accuse d'"incitation au meurtre" de manifestants quand il était au pouvoir. Mais ce premier jour de procès n'aura duré que quelques heures, avant que la suite ne soit ajournée au 8 janvier.

Avant sa déchéance, Mohamed Morsi représentait une nouvelle page pour l'Egypte. Suite à la révolution qui avait fait tomber Hosni Moubarak en février 2011 après 30 ans de pouvoir, l'islamiste était le premier chef de l'Etat élu démocratiquement de l'Histoire du pays. Mais il a été renversé le 3 juillet par l'armée qui s'est rangée du côté des immenses manifestations de rue réclamant son départ.

Mohamed Morsi est jugé pour avoir "incité" les forces de l'ordre à tuer des manifestants le 5 décembre 2012. Ce jour-là, des heurts devant son palais avaient fait sept morts. Il encourt pour cela la peine de mort ou la prison à perpétuité. Quatorze personnes, dont des membres de sa garde rapprochée et plusieurs dirigeants de la confrérie des Frères musulmans à laquelle il appartient, comparaissent également dans la même affaire.

Climat très tendu

L'ouverture de ce procès se tenait dans un climat très tendu, tant il risque d'attiser un peu plus les divisions du pays. Depuis juillet, plus d'un millier de pro-Morsi ont péri dans la répression et plus de 2.000 islamistes ont été emprisonnés, dont la quasi-totalité des dirigeants des Frères musulmans. Les partisans de l'ex-président avaient appelé à la mobilisation, faisant craindre de nouvelles violences. Un dispositif avait donc été mis en place pour sécuriser les abords de la salle d'audience, installée dans une académie de police de l'est du Caire.

Pour l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International, ce procès sera un "test" pour les autorités intérimaires. L'ONG les presse d'accorder à Mohamed Morsi le droit à un procès juste. "Si ce n'est pas le cas, alors il sera permis de soulever des questions quant aux motivations cachées de ce procès", ajoute l'organisation. Les autorités se défendent de tout biais politique. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé à la presse que l'ex-président "comparaîtrait devant un juge conformément au Code pénal égyptien". "Rien d'extraordinaire, rien d'exceptionnel", a-t-il ajouté.

Ce n'est pas l'avis de l'intéressé, qui a déjà prévenu qu'il ne coopérerait pas avec la justice dont il ne "reconnaît pas l'autorité". "Je suis le président de la République et ce tribunal est illégal", a-t-il d'ailleurs déclaré aux juges. Comme il l'avait affirmé dans une vidéo diffusée le soir de son éviction.