Deux ans après la chute de Moubarak, l'histoire bégaie en Egypte ?
Les deux situations sont très différentes : Hosni Moubarak ne pouvait pas jouer la carte de la légitimité démocratique, contrairement à Mohamed Morsi. Nous avons là un président élu qui, face à la pression populaire, se retrouve destitué par l'armée. C'est plus le scénario d'une république bananière africaine que celui d'un pays qui veut se créer une légitimité démocratique, où les dirigeants qui ne donnent pas satisfaction sont sanctionnés à la fin de leur mandat, dans les urnes.

A quoi jouent les Etats-Unis qui semblent soutenir l'armée ?
Les Etats-Unis ont un intérêt stratégique à ce que l'Egypte reste stable, dans une région déjà suffisamment en crise. Et Washington a toujours vu l'armée égyptienne comme un gage de stabilité du pays. Mais les États-Unis jouent un jeu assez dangereux : l'interruption d'un processus démocratique par l'armée, ça ne se termine pas toujours bien. Et puis leur attitude pourrait être perçue comme une très forte ingérence, et radicaliser un sentiment anti-occidental dans le pays. N'oublions pas qu'il y a en Egypte des mouvements bien plus radicaux que les Frères musulmans : les salafistes et même des djihadistes !

L'opposition est-elle en mesure de prendre le relais du pouvoir ?
Le problème c'est que l'opposition est très divisée. Mohamed Morsi aura finalement réussi à la fédérer, mais uniquement contre lui. De là à imaginer un programme et une coalition gouvernementale... De plus, elle est incapable de présenter une personnalité charismatique aux Egyptiens : Mohammed El Baradei n'est pas aimé par toute une partie de la population. Or l'enjeu principal pour la suite sera l'apaisement. Il faudra notamment convaincre les Frères musulmans de se remettre dans le jeu démocratique : après avoir perdu le pouvoir de cette manière, ce ne sera pas facile.