Plus de trois semaines après que le président égyptien élu, Mohamed Morsi, a été déposé par l'armée et au lendemain de son placement en détention préventive sur décision judiciaire, ses partisans ont fait état d'un bain de sang samedi 27 juillet, sur la route de l'aéroport du Caire.

La veille, la mobilisation massive et les heurts entre pro et anti-Morsi avaient encore fait sept victimes à Alexandrie, dans le nord du pays. Samedi, dès l'aube, les violences sont reparties de plus belle au nord-est de la capitale, cette fois entre les forces de l'ordre et des fidèles du président déchu.

Un hôpital de campagne submergé

Les affrontements ont commencé lorsque des manifestants ont tenté de bloquer un pont routier sur la route de l'aéroport, a indiqué l'agence officielle Mena. Des pierres ont volé, la police a lâché quantité de gaz lacrymogène et selon la même source, on a entendu des tirs de chevrotine d'origine inconnue.

Non loin de là, à l'hôpital de campagne installé par les Frères musulmans à la mosquée Rabaa al-Adawiya où campent des milliers d'islamistes depuis trois semaines, les premiers bilans ont mentionné 10, puis 23 et en milieu de matinée, 75 morts et un millier de blessés. Ces chiffres repris par l'agence Mena n'ont pas été confirmés pour l'heure par le ministère de la Santé, ni par aucune autorité ou source médicale indépendante. Sur place, un correspondant de l'AFP a dénombré au moins 37 corps alignés dans la morgue de fortune du petit hôpital. De son côté, le canal égyptien de la chaîne d'information al-Jazeera a fait état d'au moins 120 tués et de 4.500 blessés.

Pour la plupart, les victimes ont été touchées par balle, à la tête ou à la poitrine a assuré le Dr Hicham Ibrahim qui dirige cet hôpital de campagne. Soulignant son manque d'équipements médicaux et son incapacité à prendre en charge l'afflux de blessés, il a appelé à la mise en place d'un cordon d'ambulances vers les hôpitaux voisins.

Des tirs à balles réelles ?

Le flou règne actuellement sur les circonstances de ces violences. "Les forces de sécurité et l'armée ont commis un nouveau crime samedi aux premières heures devant le mémorial de l'autoroute" dénonce un communiqué des Frères musulmans. Pour le porte-parole de la confrérie, Gehad El Haddad, il ne fait pas de doute que policiers et militaires "ne tirent pas pour blesser, ils tirent pour tuer".

Un haut responsable sécuritaire cité par l'agence Mena s'est inscrit en faux. Selon lui, les forces de l'ordre n'auraient eu recours qu'à des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Huit policiers ont été blessés, a-t-il ajouté, soit par des jets de pierre, soit à coups de chevrotine.

A en croire une vidéo, il est vrai diffusée par les partisans de M. Morsi, il ne fait cependant pas de doute qu'au moins à la marge, des hommes en uniforme ont fait usage de leur arme. On y voit en effet des individus presque tous habillés en civil jeter des pierres on ne sait trop sur qui, hors du champ de la caméra. On y voit aussi deux hommes en tenue de policier dont l'un tire à plusieurs reprises en direction des lanceurs de pierres.

Le sit-in islamiste bientôt évacué ?

En un mois, depuis la chute de M. Morsi, les troubles politiques ont fait au moins 200 victimes, et la tension risque encore de monter d'un cran, alors que les autorités ont l'intention de faire évacuer le campement improvisé par les Frères musulmans autour de la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans le faubourg de Nasr City. Il y "aura bientôt des décisions du procureur pour mettre fin à cette situation" a déclaré le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim, assurant que cela serait fait "dans le cadre de la loi".

Pendant ce temps, l'ex-président islamiste, qui depuis sa destitution était détenu sans charge par les militaires, a officiellement était inculpé et placé en détention préventive pour 15 jours renouvelables par un tribunal du Caire. Il lui est notamment reproché d'avoir bénéficié de l'aide du Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, pour s'évader de la prison où il était détenu sous l'ère Moubarak. A cette occasion, il aurait "tué des détenus, des officiers et des soldats, délibérément et avec préméditation".