Il lui aura fallu à peine plus d'un an pour se mettre à dos la majorité des Egyptiens. Elu à la présidence le 30 juin 2012, Mohamed Morsi est aujourd'hui privé du pouvoir par l'armée. Dès mercredi soir, les gradés (et notamment celui qui apparaît comme le nouvel homme fort du pays, le général al-Sissi) ont établi avec l'opposition une "feuille de route" pour organiser la transition, et annoncé une suspension de la Constitution.

Mais c'est d'abord dans la rue que s'explique la chute de Mohamed Morsi car pour les Egyptiens, le compte n'y est pas et c'est d'abord sur les problèmes économiques qu'ils sanctionnent aujourd'hui le chef du pays. Lors de son élection, il avait promis de résoudre "en cent jours" les "cinq problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne des Egyptiens: la sécurité, la circulation dans les villes, la pénurie de pain subventionné, la pénurie de gaz et de pétrole et enfin le nettoyage des monceaux d’immondices qui ont envahi le pays". Son programme baptisé "renaissance égyptienne sur un socle islamique" devait remettre sur pied le pays. Aujourd'hui, le chômage et l'inflation sont au plus haut, les coupures de courant se multiplient et l'approvisionnement en carburant reste incertain.

La vraie rupture : le vote de la Constitution

Politiquement, sa situation restait difficile : coincé entre ses alliés islamistes radicaux et les modérés, il n'a pas su rassembler autour de lui l'ensemble des forces de la Révolution. Elu grâce à la réputation des Frères musulmans, sa popularité n'a cessé de baisser au cours de son mandat. Selon un sondage publié le 25 juin par l'Institut égyptien Baseera, seuls 32 % des personnes interrogées approuvaient son action, contre 42 % le mois précédent et 78 % après ses 100 premiers jours au pouvoir.

Mais la vraie rupture remonte à l'automne dernier et à l'adoption d'un décret qui étend ses prérogatives (le plaçant notamment au-dessus du pouvoir judiciaire) ainsi qu'au référendum sur la loi fondamentale du pays (adopté à 64%). Pour l'opposition, le scrutin est entaché d'irrégularités, la crise politique couve, la contestation ne fera que s'amplifier. Beaucoup d'Egyptiens regrettent des tentatives répétées (ou du moins ressenties comme telles) de "frérisation" et d'islamisation du pays. L'armée et la justice, deux supports du régime d'Hosni Moubarak, supportent mal la mise au pas imposée par le pouvoir. S'il pensait avoir réussi à s'imposer face aux militaires en limogeant le 12 août 2012 le général Tantaoui (qui dirigeait le pays depuis la chute d'Hosni Moubarak), l'armée semble aujourd'hui prendre sa revanche.