Malgré une nette victoire, les festivités promettent d'être de courte durée pour Barack Obama. Plébiscité par les Américains pour une nouveau bail de quatre ans à la Maison blanche, le 44e président des Etats-Unis sait d'ores et déjà que nombre de dossiers sensibles l'attendent dans le bureau ovale. Metro passe en revue les grandes thématiques à venir pour l'administration Obama II, décryptées par Pape N'Diaye, historien et spécialiste des Etats-Unis.

Faire baisser le chômage
A l'heure actuelle, le taux de chômage outre-Atlantique atteint 7,9 %. Ce qui représente environ 23 millions d'américains. Alors que Mitt Romney promettait la création de 12 millions d'emplois – à raison de 250 000 postes par mois – le président réélu,lui, promet un million d'emplois manufacturiers au cour des quatre prochaines années.

L'avis de Pape N'Diaye : "Voilà sans conteste LA priorité de ce nouveau mandat. Il faut souligner que le chômage tutoyait les 10% il y a encore deux ans, et qu'Obama a su profiter politiquement de cette évolution favorable. A ses yeux, la bataille doit s'articuler autour de deux points centraux. D'abord, une action en faveur de la relocalisation des industries parties s'installer en Chine ou au Nouveau-Mexique. Obama promet pour elles des mesures d'incitations fiscales. Deuxième point : Obama croit au gaz de schiste, qui est à l'origine de la création de 600 000 emplois dans le pays au cour des huit dernières années. En developpant les créations d'emplois dans ce domaine, la Maison blanche vise une indépendance pétrolière vis-à-vis des pays producteurs de pétrole d'ici à 2020."

Réduire la dette
Le 2 novembre, le trésor américain rendait public le niveau d'endettement de l'Etat Fédéral : 16 166 milliards de dollars. Un déficit abyssal que n'ont pas manqué de pointer du doigt les Républicains lors de la campagne éléctorale. De son côté, Barack Obama s'est engagé à éponger l'endettement fédéral à hauteur de 4 000 milliards de dollars, via un plan d'action qui doit courir sur les 12 prochaines années.

L'avis de Pape N'Diaye : "Ce n'est pas la première des priorités pour Obama. L'ensemble de la classe politique sait que le plafond critque des 16 400 milliards de dollars d'endettement devrait être franchi d'ici les prochains mois. Pour Obama, l'enjeu est simple : parvenir a un consensus avec les Républicains afin de relever le plafond de la dette, pour que l'Etat fédéral assure son fonctionnement. A ce titre, plusieurs économistes avancent la thèse d'un plafond fixé autour de 20 000 milliards de dollars. Souvenons-nous que par le passé, les USA ont déjà été davantage endetté, notamment à la fin de la seconde guerre mondiale. Ce déficit à été absorbé en quelques décennies, grâce à deux facteurs sur lesquels doit compter Obama : une croissance en hausse, et des taux d'intérêts à taux très bas, voir négatifs."

Contrôler l'immigration
Passée sous silence lors de son premier mandat, la question de l'immigration va être l'un des enjeux majeurs des quatre années à venir. Face à une immigration illégale qui ne cesse de croître, Barack Obama réfléchirait à une avancée législative permettant la régularisation d'une partie des quelques 12 millions d'immigrés clandestins présents sur le territoire américain.

L'avis de Pape N'Diaye : "Barack Obama tient à une loi sur l'immigration, et on peut s'attendre à ce qu'un projet de loi soit présenté au cours des prochaines semaines. Au cour de la campagne, il a souligné à plusieurs reprises que les Républicains avaient fait l'erreur de s'aliéner l'électorat latino, qui représente tout de même 16% des votants. Obama sait que cette loi peut également devenir un argument électoral en vue des prochaines élections, lorsque l'on sait qu'en 2008, 68% des votes de la commauté hispanique sont allés pour le démocrate. D'ailleurs, les démocrates sont arrivés en tête au Nouveau-Mexique, dans le Colorado et dans le Nevada hier (mercredi, ndlr) grâce au vote de cette communauté."

Asseoir son leadership l'international 
Israël, Iran et Syrie : trois défis majeurs de politique internationale que l'adminstration Obama va devoir tenter de régler. Renforcé par le retrait effectif des troupes basés en Afghanistan, et la traque fructueuse d'Oussama Ben Laden, Barack Obama doit affirmer hors de ses frontières le leadership dont il jouit sur la scène intérieure. Et pas qu'au Moyen-Orient : les Etats Unis devraient en effet réorienter la diplomatie américaine ou direction de l'Asie, pour tirer profit de la croissance promise en Chine.

L'avis de Pape N'Diaye : "Israël représente un échec pour Obama, car il n'est pas parvenu à faire avancer la situation au cours de son premier mandat, notamment en raison des relations fraîches qu'il entretient avec Benjamin Netanyahou. Ce dernier à eu la maladresse d'apporter son soutien à Mitt Romney, ce qui ne va pas arranger les rapports entre les deux chefs d'Etats. Sur la question syrienne, une réflexion est à l'étude sur la façon dont les Etats-Unis peuvent agir, car les Etats-Unis ne peuvent ni rester inertes, ni dépêcher des troupes sur place. Faut-il soutenir la rébellion directement ? Fournir un soutien via le concours d'un Etat tiers ? Même chose pour l'Iran ou la ligne politique actuelle est de privilégier le durcissement des sanctions à l'égard de Téhéran. Sur l'ensemble des sujets internationaux, la question d'Obama est la suivante : quelle est la stratégie d'intervention la plus efficace ? Cela va être la question posée au futur secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, car on sait qu'Hillary Clinton va quitter son poste, afin de capitaliser sur sa côte de popularité en vue des élections présidentielles de 2016."