On lui avait promis le plus beau moment de sa vie. Pour Ophélie, ça été le début d’un enfer long de plusieurs mois. Cette jeune auxiliaire de vie scolaire dans l’Oise a 23 ans lorsqu’elle tombe enceinte de son premier enfant. Très vite, elle comprend qu’elle ne sera pas de ces "futures mamans épanouies", à qui "la grossesse va si bien". "Dès les premières semaines, j’étais angoissée. Les médecins me disaient que c’était normal, mais je voyais bien que cette angoisse prenait des proportions énormes" confie-t-elle à metronews.

"C'est censé être le plus beau jour de ma vie et je gâche tout"

Ophélie l’ignore encore, mais le trouble qu’elle traverse a un nom : c’est la dépression péri-natale. "Quinze jours avant l’accouchement, j’ai ressenti des phobies d’impulsion. Je caressais mon ventre avec l’idée soudaine d’appuyer dessus… pour tuer mon bébé." À partir de ce moment, Ophélie tombe dans un état dépressif. Elle enchaîne crises de tétanie et d’anorexie. D’où viennent ces angoisses ? D’un sentiment de peur insidieux et puissant. "De la peur de devenir folle en accouchant, de tuer mon enfant, d’avoir un bébé mort-né. Peur de ne pas l’aimer, aussi."

Une fois son fils Stahn mis au monde, ces peurs ne la quittent pas. L’accouchement est compliqué. Vingt-sept heures de travail, à l’issue duquel Ophélie refuse de prendre son petit garçon dans ses bras. "J’ai eu peur de le jeter par la fenêtre" explique-t-elle. Elle demande immédiatement à être suivie par des psychologues. "Je leur dis : ‘C’est censé être le plus beau jour de ma vie, et moi je gâche tout.'" Cette injonction à la maternité heureuse, Ophélie n’a pas pu la suivre. "Dans les magazines féminins, on nous dit que la grossesse n’est pas une maladie. Qu’enceinte, la femme a tout pour être heureuse. Mais ce n’est pas forcément la vérité. On vomit, on ne sait plus marcher… Moi je l’affirme, je n’aime pas être enceinte."

Parler, partager pour se délivrer

Après la naissance, le papa l’aide beaucoup. "Heureusement qu’il a été là. Il ne comprenait pas forcément mes angoisses, mais il m’a soutenue." Ophélie reste six mois dans un état léthargique. "Mes gestes étaient mécaniques. Je m’occupais de mon enfant comme si c’était celui d’un autre." Peu à peu, cependant, le suivi psychologique fait son œuvre. Sur internet, Ophélie manifeste l’envie de partager son expérience et prend finalement contact avec d’autres mamans atteintes de dépression post-partum. Ensemble, elles se regroupent en communauté sur Facebook et comprennent qu’elles ne sont pas des cas isolés.

Son retour au travail six mois après achève de la guérir. "Quand je retrouvais mon fils après une journée hors de la maison, c’était plus naturel entre nous. En fait, il m’a fallu une année pour aimer mon fils", résume-t-elle. Aujourd’hui son petit garçon va bien. Il est en avance, débrouillard, et aimé. Ophélie, de son côté, ressent moins d'angoisses. Mais elle reste vigilante et prend soin de toujours mettre des mots sur ses peurs, auprès de sa psychologue. Près de trois ans plus tard, Stahn vient d'avoir un petit frère.

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