Depuis dimanche, les nuits se suivent et se ressemblent à Stockholm. Jeudi, pour le cinquième jour d'affilée, des incidents ont éclaté dans des quartiers populaires de la capitale suédoise. Des événements qui révèlent au grand jour le mal-être d'une frange de la population issue de l'immigration, celle-là même qui compose à 80% le quartier de Husby, point de départ des troubles.

"On a brûlé des voitures, jeté des pierres sur la police, les voitures de police. Mais c'est une bonne chose, parce que maintenant les gens savent où est Husby (...) C'est la seule manière de se faire entendre", a estimé sur les ondes de la radio publique SR un jeune émeutier sous le pseudonyme de Kim. Husby, un quartier dont les barres d'immeubles sont sorties de terre au milieu des années 1960 et où se sont progressivement massées, entre autres, des milliers d'ex-Yougoslaves, d'Irakiens, d'Afghans ou de Somaliens.

Chômage et intégration

Problème, le chômage y est aujourd'hui plus important que dans le reste de la ville (8,8% contre 3,6% en 2012). "Vivre comme jeune dans ces endroits de ségrégation peut être très difficile de beaucoup de manières. Vous n'avez pratiquement aucun contact avec d'autres Suédois et souvent pas une bonne compréhension de la société suédoise", explique Aje Carlbom, anthropologue social à l'université de Malmö interrogé par l'Agence France-Presse (AFP), tout en évoquant le thème qui agite la société suédoise depuis une petite semaine : celui de l'intégration.

"Selon moi, la mort de l'homme de 69 ans tué dimanche par la police a servi de déclencheur chez les jeunes. La véritable raison est l'échec des politiques d'intégration, à ne pas confondre avec l'immigration, de la Suède", confie à Metro Peter Viberg, habitant de Stockholm qui a vu les émeutes uniquement "aux informations". Pour cet étudiant de 27 ans, "le résultat est là : des immigrés pauvres, isolés du reste de la société, comme dans beaucoup d'autres villes et de pays. Le chômage est élevé, particulièrement chez les jeunes, qui ressentent du désespoir et de la colère."

"On veut des emplois", résume à l'AFP Jamil, habitant de Husby d'origine irakienne âgé de 22 ans, qui travaille comme jardinier. Car si la Suède est considérée comme un modèle en Europe pour son faible chômage (8,2% en avril), il n'en est pas un pour l'emploi des jeunes (27,2% de chômage pour les moins de 24 ans). Et comme en France, le fait d'habiter dans un quartier réputé difficile est un frein dans la recherche de travail. Surtout lorsqu'il fait la Une de l'actualité.