La Russie renoue avec ses vieux démons. Le meurtre d'un jeune Russe a provoqué un déferlement de violences xénophobes ce week-end à Moscou, où les violences racistes sont latentes depuis plusieurs années. Un ultra-nationalisme conforté par un gigantesque coup de filet anti-immigrés lancée par la police lundi matin.

Environ 1.200 personnes ont en effet été interpellées lundi matin sur un marché au sud de la capitale, où travaillent essentiellement des migrants. Objectif : vérifier "leur éventuelle implication dans des crimes", selon la police. En particulier celui de Egor Chtcherbakov, 25 ans, un habitant qui avait été poignardé jeudi sous les yeux de sa fiancée. Selon les images de vidéosurveillance, le meurtrier - qui a réussi à s'enfuir - serait un homme originaire d'Asie centrale ou du Caucase. Un fait divers à l'origine d'une flambée de violences durant tout le week-end : centre commercial dévasté, membres de la sécurité agressés et devantures brisées alors que la foule scandait "La Russie aux Russes".

"Il y aura d'autres Birioulovo en Russie"

Rien de surprenant dans un pays où une partie de la population cultive un sentiment anti-immigrés. Un ressenti alimenté par la grave crise démographique que traverse le pays, obligé de recourir à des millions de travailleurs - pour la plupart issus d'Asie ou d'ex-républiques soviétiques - prêts à travailler pour une bouchée de pain. Une thématique omniprésente durant la récente campagne municipale : le candidat de centre gauche Sergueï Mitrokhine s'était posé en pourfendeur de "la transformation de Moscou en une province d'Asie centrale", le candidat de l'opposition Alexeï Navalny évoquant de son coté "la criminalité ethnique".

Le passé est d'ailleurs chargé d'exemple de faits divers qui dérapent en flambée de violences xénophobes. En décembre 2010, après la mort d'un jeune Moscovite dans une rixe avec des Caucasiens, plusieurs dizaines de milliers de jeunes nationalistes s'étaient retrouvés aux abords du Kremlin pour une manifestation qui avait tourné à l'émeute. En juillet dernier, c'est la population de la ville de Pougatchev, dans la région de la Volga, qui s'était mobilisée avec des slogans xénophobes après un meurtre attribué à des Tchétchènes. Les médias font régulièrement état ces dernières années d'agressions contre des immigrés. Ces dernières semblent se banaliser : les émeutes de Biriouliovo ont été diffusé en direct à la télévision et largement relayées sur les réseaux sociaux. Une première.