La Chine est 173e sur 179 au classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Pas sûr que cette nouvelle mesure la fasse remonter dans les bonnes grâces de l'ONG. Selon un correspondant du Figaro, le parti communiste veut en effet imposer aux journalistes chinois des tests sur leurs connaissances en idéologie communiste, en "valeurs journalistiques marxistes", en "caractéristiques chinoises du socialisme" et en "éthique journalistique". S'ils échouent, ils seront privés de carte de presse et devront repasser l'examen.

Pour parfaire leur culture partisane, les bacheliers devront donc éplucher un manuel de quelque 700 pages, qui mentionne des recommandations telles que : "Il est absolument interdit à des articles publiés de faire état de commentaires contredisant la ligne du parti" ou "la relation entre le parti et les médias est celle du dirigeant et du dirigé".

"Signe de dissension à l'intérieur du pouvoir"

Pour Jean-Vincent Brisset, spécialiste de la Chine à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), c'est une nouvelle "sans surprise". Le chercheur explique que déjà, il y a un mois et demi, "le régime a fait passer une loi sur la diffusion des fausses rumeurs qui est passé relativement inaperçue". La définition d'une fausse rumeur ? "Tout ce qui n'est pas dans la ligne du parti", tranche le professeur Brisset.

Cette nouvelle "norme" s'inscrit donc dans une volonté affichée du Président Xi Jinping de reprendre la main sur le pouvoir, depuis sa nomination à la tête du pays il y a un an. Car c'est moins la presse qui est visée que les différentes forces qui s'affrontent, parfois au sein même du parti communiste : "Ce genre de méthode est en général signe de dissension à l'intérieur du pouvoir", affirme le chercheur de l'Iris qui note que, contrairement à la France, "en Chine, l'opposition est dans le pouvoir."

"Les informations continueront de sortir"

L'arbre qui cache la forêt ? Possible, d'autant que des têtes ont déjà commencé à tomber depuis plusieurs mois au sein du parti et dans les administrations, dont Ji Jianye, maire d'une des plus importantes villes de Chine limogé en octobre. Pourtant, Jean-Vincent Brisset se veut plutôt rassurant : "On savait qu'il y aurait des reprises en main, poursuit-il. Mais dans les faits, la censure ne s'aggrave pas, et les informations continueront de sortir."

Et de citer les nombreux journalistes qui diffusent déjà l'information via les réseaux internationaux, en utilisant les VPN (Réseaux privés virtuels), très pratiques pour travailler de manière anonyme tout en ayant accès aux différents réseaux. Ces derniers pourront toujours faire bonne figure lors de la formation de (re)mise à niveau idéologique, et continuer de dézinguer le régime en place en toute impunité.