A peine élu, Mohammed Morsi crée déjà la surprise. Le président, issu de la mouvance islamiste des Frères musulmans, a ordonné par décret que le Parlement soit rétabli. Par conséquent, les députés ont été appelés à siéger mardi au Caire. Problème : cette Assemblée, où les islamistes étaient majoritaires, a été invalidée par la Haute cour constitutionnelle et dissoute par les militaires qui ont repris le pouvoir législatif en juin dernier.

Un président sans Constitution

En rétablissant ainsi le Parlement, le président Morsi défie donc non seulement l'armée, qui l'a pourtant soutenu tacitement lors de son élection, mais aussi la Justice. Car comme la Haute cour constitutionnelle égyptienne l'a rappelé hier, ses jugements sont "contraignants" et sans appel. "La justice est un bien grand mot, car les juges datent de l'ancien régime de Moubarak", nuance le spécialiste de l'Egypte, Marc Lavergne. Selon cet universitaire contacté par Metro, les choses ont été "faites à l'envers" en Egypte, où un président a été élu alors que la Constitution n'est pas encore adoptée. Les Etats-Unis ont d'ailleurs appelé à sortir de la crise dans le "respect des principes démocratiques".

Depuis soixante ans, les militaires dominent le système politique égyptien. Ils avaient relégué les Frères musulmans aux marges du pouvoir, mais le groupe islamiste a développé un vrai ancrage d'aide sociale à travers le pays, jusqu'à se rendre incontournable. Les deux rivaux historiques sont désormais en opposition frontale, mais des négociations en sous-main ne sont pas à exclure. En attendant, les Frères musulmans battent le rappel de leurs troupes en appelant à manifester mardi au Caire leur soutien au président Morsi.