"Les gens sont étonnés de nous voir encore debouts." Marcel Thébaud a perdu douze kilos en treize jours mais sa détermination est intacte. Depuis le 11 avril, cet agriculteur de 54 ans a entamé une grève de la faim, avec son ami Michel Tarin, 64 ans, paysan à la retraite, pour protester contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les deux hommes, qui ont été rejoints mardi dernier par Françoise Verchère, conseillère générale du Parti de gauche, campent sur une place du centre-ville de Nantes, dans une caravane sans chauffage, "avec trois couvertures et une bouillotte, pour ne pas avoir froid".

Obligés de quitter leurs terres
"Au début, le ventre était sensible, mais depuis le cinquième jour, nous n'avons ni maux de têtes ni douleurs abdominales. Nous avons un suivi médical tous les jours, explique Marcel. Nous prenons des risques mais nous n'allons pas perdre la vie pour une histoire d'aéroport." Ce projet l'atteint pourtant directement : malgré des recours juridiques, au 31 décembre, Marcel, sa femme Sylvie et leurs deux enfants devront quitter leurs 75 hectares de terre avec leurs 30 vaches pour permettre la construction d'un aéroport du Grand Ouest, dont l'Etat a signé la concession à Vinci en décembre 2010.

"Un gouffre financier"
Au total, 80 paysans sont expropriés, sur 1 600 hectares, pour un projet jugé coûteux et inutile par les opposants. "On a déjà un aéroport à Nantes, à vingt kilomètres et il est loin d'être saturé. Une étude indépendante du cabinet CE-Delft démontre que le projet serait un gouffre financier et que le coût affiché (550 millions d'euros, ndlr) est complètement bidon", détaille Cyril Bouligeaud, de la Confédération paysanne. Les associations de défense de l'environnement déplorent aussi le bétonnage de terres agricoles et de zones humides riches en biodiversité.

Un enjeu pour le PS
En pleine campagne électorale, les grévistes de la faim espèrent faire bouger les lignes. Mais la partie n'est pas jouée, car le projet est farouchement défendu par le maire socialiste de Nantes, Jean-Marc Ayrault. "Tous les candidats à la présidentielle étaient opposés à l'aéroport, hormis Nicolas Sarkozy et François Hollande", note Cyrile Bouligeaud. Avec le nucléaire, l'aéroport était le deuxième sujet en suspens dans l'accord politique PS-EELV signé en janvier.

Les grévistes de la faim ont reçu la visite d'Eva Joly la semaine dernière, et attendent Cécile Duflot et José Bové mardi soir. "Les passants viennent nous voir, les élus verts, alternatifs et Modem nous soutiennent, se réjouit Marcel Thébaud. Il semble que le sujet soit en discussion en ce moment au PS. Cela pourrait être une bonne nouvelle."

Pour en savoir plus :
Le blog des opposants à l'aéroport, Paroles de campagne, raconte jour après jour la grève de la faim
Plus d'informations sur le site de l'Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Acipa)