"Et voilà ! Enfin à Tévennec. Sur le caillou, comme l’on dit. Cela n’a pas été une mince affaire… La nuit est arrivée. Une lampe, un dîner rapide et frugal et un bon repos mérité." Sur son blog, Marc Pointud a commencé son journal de bord. Comme un marin. Et du marin, il n’est pas loin : l’homme est le président de la Société nationale pour le matrimoine des phares et balises, et s’est lancé un gros défi : vivre 60 jours dans le phare de Tévennec, au large des pointes du Van et du Raz, dans le Finistère. Plus à l’Ouest, c’est l’Amérique.

60 jours en solitaire. 60 jours avec la mer pour seul horizon. 60 jours sans ravitaillement. 60 jours dans un phare, réputé maudit, réputé être "un enfer". Mais cet exploit que compte relever Marc Pointud, c’est aussi pour une cause bien pensée : l’opération est baptisée Lumière sur Tévennec, et a pour but de renouer avec la tradition des gardiens de phare en mer. Surtout, en médiatisant ce geste, Marc Pointud espère soutenir la restauration de Tévennec via du mécenat, défendre la cause des phares en mer, et mettre en lumière l’utilité de la présence humaine dans ces lieux de patrimoine.

Une réputation sulfureuse

Marc a pris ses quartiers samedi dernier. Et depuis, tous les jours, dès qu’il le peut, il raconte son quotidien sur le blog de l’association. "Pour vivre au quotidien pendant plusieurs semaines dans une maison isolée de tout et vide de tout car inhabitée depuis plus d’un siècle, il a fallu tout apporter", écrit-il ainsi. "Eau, vivres, mobilier, de quoi produire de l’énergie et tout un ensemble d’ustensiles, de matériels, aussi divers qu’hétéroclites. De quoi réparer, au cas où… De quoi se soigner, au cas où…" Marc raconte encore les débuts de son installation, dans ce lieu inhabité depuis 100 ans : "Branchement du panneau solaire en priorité, qui charge bien – ouf ! -, essai du groupe électrogène de secours, neuf mais qui fuyait et que j’ai dû réparer. C’est plus inquiétant… Enfin il fonctionne correctement désormais. Ajoutons des rangements divers et la journée s’achève. Ce soir je me cuisine un bon petit dîner. Faut se soutenir !"

Il lui faudra du courage, en effet, pour affronter les semaines à venir. Car le phare de Tévennec jouit de la réputation sulfureuse d’être l’un des plus dangereux, ceinturé par les violents courants du raz de Sein, subissant les sautes d’humeur de la mer d’Iroise, avec les vagues qui s'envolent au-dessus de la maison d'habitation. Le Séduisant en 1796, le Jules-Chagot en 1897, la Marie-Thérèse, l’Edmondsley, ou encore le Trane en 1973… Nombreux sont les vaisseaux qui ont coulé aux abords de l'île, faisant des milliers de morts. Dans le phare, en 30 ans de gardiennage, 23 gardiens s’y sont succédé, beaucoup ont démissionné, certains y sont morts ou sont devenus fous… Au point que l’administration a décidé en 1910 d’installer un feu permanent sans gardiennage. Le lieu est tellement maudit, – les légendes celtes disent que la barque de l'Ankou, la mort, y abordait, en provenance de la baie des Trépassés –, qu’une croix de pierre a été installée au sommet de la roche en 1893 pour exorciser les lieux. Malédiction ? Elle a été détruite par la foudre. Elle a été remplacée par une autre, au début du siècle suivant, qui a été balayée par la tempête de 2009. Une nouvelle croix a été érigée en 2012, qui tient encore…

Bref oubliez les bigoudènes alertes, l’air vivifiant et les odeurs de kouign-amann qui font la réputation de la région, pas sûr que la retraite de Marc Pointud au bout de la Bretagne soit de tout repos… Mais en tout cas, il est bien arrivé. Pour suivre la suite de ses aventures, retrouvez son blog sur pharesetbalises.org