Les féministes dénoncent un "retour en arrière de trente ans". Promesse de campagne en 2011 du chef conservateur du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, le projet de loi limitant l'avortement a été adopté ce vendredi en conseil des ministres. Désormais, la grossesse ne pourra être interrompue volontairement que dans deux cas : un grave danger physique pour la mère ou si elle est le fruit d'un viol. En dehors de ces conditions, il ne sera pas possible d'avorter, selon ce texte qui impose aussi une autorisation parentale pour les mineures (depuis 2010, elles pouvaient avorter avec l’accord du médecin, sans consulter leurs parents).

Une opinion majoritairement défavorable

Jusqu'à lors, et comme dans la quasi-totalité des pays européens, l'Espagne autorisait l'avortement : jusqu'à 14 semaines et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du foetus. Avec ce projet de loi, le gouvernement de droite revient donc, dans les grandes lignes, à la loi de 1985, même s'il ne fait plus de l'avortement un crime passible de prison. Le président de la Fédération du planning familial, Luis Enrique Sanchez, a lui affirmé que la future loi pourrait signifier "un retour en arrière à la situation des années 1980, avec des femmes espagnoles qui vont en France ou en Angleterre" pour avorter lorsqu'elles en ont les moyens.

Le projet suscite aujourd'hui une levée de boucliers, aussi bien à gauche qu'au sein des milieux féministes. Plusieurs députées de gauche ont ainsi signé mardi un "pacte pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse" émanant d'un collectif de 200 associations de femmes, appelant les députées du PP à les rejoindre. Selon une étude de l'institut Metroscopia publiée en mai dans le journal El Pais (gauche), 46% des Espagnols sont favorables au maintien de la loi actuelle, tandis que 41% se prononçaient en faveur d'une limitation de l'avortement.