Le PP joue sa survie à quitte ou double
Le chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, a annoncé qu'il n'était pas en mesure de former un gouvernement "pour l'instant", et donc qu'il cédait la main aux socialistes. "Non seulement je n’ai pas une majorité de votes en ma faveur, mais j’ai une majorité absolue contre moi", s'est-il justifié vendredi 22 janvier.

A l'issue des élections législatives du 20 décembre, le PP avait perdu sa majorité absolue, obtenant 123 sièges de député sur 350. En passant son tour, Mariano Rajoy mise donc sur l'échec de la gauche à former un gouvernement : "Je ne renonce à rien. Je n’ai pas dit non à mon investiture. Je crois que nous devons donner du temps au dialogue pour l’intérêt général de l’Espagne."

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Podemos a les cartes en mains
C'est donc désormais au PSOE, arrivé deuxième aux élections, de tenter de former un gouvernement. Mais les socialistes doivent pour cela s'accorder avec Podemos. Pour que le leader du PSOE Pedro Sanchez soit investi président du gouvernement, le parti anti-austérité a déjà mis ses conditions sur la table : Pablo Iglesias veut le poste de vice-président, ainsi que plusieurs postes de ministre pour ses partenaires. Des conditions qui font hurler de colère l'aile droite du PSOE, qui perçoit la position de Podemos comme humiliante pour eux.

"Comme nous ne sommes pas très sûrs que les socialistes soient capables de mettre en pratique ce qu’ils disent, la meilleure garantie est que nous soyons dans le gouvernement, a expliqué Pablo Iglesias. Il faut des personnes qui assurent la cohérence entre ce qui se dit et ce qui se fait."

La clé Ciudadanos ?
Pour qu'un gouvernement de gauche gouverne en Espagne, il y a une condition sine qua non. Il leur faut plus de voix "pour" au parlement que de voix contre". Le PP votera contre, quoi qu'il arrive.
 
Restent alors les voix de Ciudadanos, l'autre parti anti-système... de centre-droit. Si ses députés s'abstiennent, PSOE et Podemos pourront former un gouvernement. Mais Ciudadanos pose lui aussi ses conditions : que ce gouvernement ne remette pas en cause l'unité de la nation, en approuvant un référendum en Catalogne.

L'impasse catalane
Podemos tire une grande partie de ses résultats et de sa légitimité de sa proposition de discuter avec la Catalogne sur son statut. Alors que la communauté autonome du Nord-Est est maintenant gouvernée par une coalition indépendantiste, il paraît plus qu'improbable que le PSOE accepte de gouverner à côté de Podemos s'il maintient ses positions sur le référendum catalan. Et si, par magie, cela devait arriver, cette coalition de gauche pourrait alors se passer de l'abstention de Ciudadanos, car elle bénéficierait alors de l'appui des quelques députés régionalistes basques et catalans.

Mais le chemin est long avant d'arriver à une telle éventualité. Si un accord PSOE/Podemos devait capoter, le PP serait alors tenté de mettre la pression sur les socialistes, pour que ceux-ci s'abstiennent et laissent gouverner la droite. Sinon, les Espagnols seraient finalement rappelés aux urnes.

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