"Je ne pouvais plus parler, plus bouger", raconte Stéphane, un Sarthois de 42 ans. Hospitalisé dans un état grave à l'unité de soins intensifs du centre hospitalier de Rennes, suite à l'essai clinique du centre de recherche médicale Biotrial, il souffre encore de séquelles neurologiques. Parmi les six cobayes pris en charge suite au test d'une molécule destinée à soulager la douleur et l'anxiété, un patient est décédé le 17 janvier dernier.

Lui est encore en vie mais souffre quotidiennement de ses séquelles. "J'ai encore des vertiges, des malaises, si je reste plus de dix minutes debout. Et je vois toujours double", témoigne Stéphane dans un entretien accordé au quotidien Le Maine Libre, publié ce lundi 29 février. (L'intégralité de l'article est disponible ici en version payante).

Des maux de tête cinq jour après la première prise

Le groupe composé de huit volontaires, dont deux prenaient un placebo, a commencé à prendre le traitement le 7 janvier, "le 11, j'ai eu les premiers maux de tête", explique t-il. "J'ai dit mes symptômes aux médecins et infirmiers. On m'a donné du Doliprane. Le lendemain, ça n'allait plus. J'avais encore plus mal à la tête, et c'était noir sous mes paupières. Un médecin m'a donné une poche de glace et encore du Doliprane. Le 13, quand je me suis levé, j'avais des étourdissements, je ne voyais plus rien. J'ai voulu prendre une douche et je n'y arrivais pas. Quand j'ai voulu ranger mes affaires dans le vestiaire, je suis tombé."

C'est alors que le miraculé, selon les dires de ses médecins, est transféré au CHU de Rennes. "Des tâches de sang et des traces blanches" apparaissent à l'IRM au niveau du cerveau, comme pour témoigner de la gravité de son état. Malgré un premier traitement, son bilan de santé se dégrade. "Je ne pouvais plus parler, plus bouger, plus m'asseoir...je ne pouvais plus rien faire", se souvient-il encore. En dernier recours, ses médecins lui font prendre un traitement à "titre exploratoire", avec son accord. Son état s'améliore enfin.

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"Je n'aurais pas risqué ma vie pour 1 900 euros"

L'homme sort du silence pour exprimer sa colère envers le centre de recherche médical Biotrial, en charge de l'essai clinique pour le compte du laboratoire portugais Bial. "En voyant tout ce que disait le responsable de Biotrial à la télé, que ce n'était pas de leur faute. Ils ont fait des erreurs. Pourquoi a-t-on pris le traitement un jour de plus, alors que la première victime était déjà hospitalisée ?", s'interroge l'ex volontaire.

Le Sarthois reproche également à Biotrial son manque de transparence. "Ils n'ont pas dit la vérité sur les chiens. Si j'avais su que des chiens étaient morts, je n'aurais pas risqué ma vie pour 1 900 euros. Je n'aurais pas signé", affirme le père de famille. Stéphane est toujours en rééducation et espère voir son état s'améliorer au plus vite.

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