François Hollande, candidat à sa succession ? Au fil des interviews, ce scénario est systématiquement renvoyé aux calendes grecques par l'intéressé, qui préfère dire aux Français qu'il va "réformer jusqu'au bout". Le fin tacticien n'oublie pas pour autant de préparer l'avenir. A commencer par le dernier remaniement, qui lui a permis d'opérer un subtil dosage entre ses proches soutiens politiques et ses alliés de circonstance.

Mais une nouvelle candidature de François Hollande va-t-elle de soi ? Depuis le début de l'année 2016 – dernière année pleine du quinquennat, et par conséquent celle des derniers chantiers -, le doute est franchement permis. Pourquoi ?

 Parce qu'il est coincé par le chômage
C'est le critère le plus intangible d'une éventuelle candidature. Depuis 2013, François Hollande est tenu par un engagement très clair : l'inversion "crédible" de la courbe du chômage. Or, d'après les derniers chiffres, on n'y est toujours pas. Conscient de ce boulet, le président l'a lui-même répété sur France Inter le 19 février. "Je n'ai qu'une seule parole", a-t-il dit. "S'il n'y a pas de baisse du chômage, vous savez quelle conclusion j'en tirerai." A ce titre, les nouveaux chiffres de l'emploi attendus mercredi seront particulièrement scrutés.

 Parce qu'il est au plus bas dans l'opinion
Hormis les parenthèses des attentats de janvier et de novembre 2015, la popularité de François Hollande n'est jamais remontée dans les sondages. Dans notre dernier baromètre OpinionWay-LCI-metronews, mi-février, le chef de l'Etat accusait même une nouvelle chute de 7 points dans l'opinion, à seulement 22% de Français satisfaits de son action.

D'autres vont jusqu'à lui fermer la porte de 2017. Début janvier, un sondage Odoxa montrait ainsi que trois quarts des Français ne voulaient ni d'une candidature de François Hollande, ni de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. De quoi doucher les ambitions, quand bien même un sondage ne fait pas l'élection.

 Parce qu'il est incapable de faire l'union de la gauche
Malgré la nomination de trois écologistes et d'un radical au gouvernement, François Hollande ne parvient pas à réaliser l'union de la gauche pour 2017, condition historique de la victoire électorale pour la gauche. Les trois écologistes devenus ministres ont d'ailleurs été désavoués par Europe Ecologie-Les Verts, qui conteste la ligne politique du gouvernement. A gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon a d'ores et déjà annoncé sa candidature. Au sein même du PS, enfin, une majorité s'est ralliée à la possibilité d'une primaire de gauche... un scénario que François Hollande avait exclu jusqu'ici.

 Parce qu'il se prépare au pire pour 2017
Conscient qu'une gauche désunie n'a aucune chance d'accéder au second tour, François Hollande n'hésite pas à brandir le spectre de 2002, qui a vu l'élimination de Lionel Jospin au profit de Jean-Marie Le Pen. Il l'a clairement exprimé le 16 février : "Bien sûr que les conditions sont réunies pour un nouveau 21 avril […] Chacun doit y réfléchir, non pas pour essayer de trouver je ne sais quelle combinaison pour éviter cette éventualité, mais se dire, en responsabilité, qu'est-ce qu'on veut ?" Pour l'heure, le chef de l'Etat en est réduit de fait aux "combinaisons" dans le cadre de son remaniement. Reste à savoir s'il exprime là un vrai pessimisme, ou s'il peaufine sa stratégie pour unir, malgré elle, la gauche, en brandissant le spectre du FN.

 Parce que les derniers chantiers du gouvernement sèment la zizanie
Traditionnellement, un président qui souhaite se représenter concentre les réformes les plus impopulaires ou clivantes au début de son mandat. Là, c'est l'inverse. On pense avant tout au projet de loi de Myriam El Khomri portant la réforme du Code du travail, qui sera soumis aux députés début avril. Avec des mesures libérales comme l'assouplissement des 35 heures et du licenciement économique, il a déjà provoqué la révolte de l'aile gauche de son parti. Même s'il exclut (pour l'instant) un passage en force, les débats seront houleux. Sans oublier, bien sûr, la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, que François Hollande a portée personnellement et qui pourrait capoter si les sénateurs et les députés ne parviennent pas à un accord. Tout cela à seulement un an de l'élection présidentielle.

À LIRE AUSSI
>> François Hollande en Polynésie : qu'est-ce que la "dette nucléaire" ?

>> Hollande à Wallis-et-Futuna : 5 choses à savoir sur cet archipel perdu dans le Pacifique