Enfin des visages sur celles qui jusqu'ici n'étaient que tristement présentées comme les trois "séquestrées de Cleveland". Il est loin le temps où Amanda, Michelle et Gina n'étaient que des portraits vieillis de jeunes filles à l'apparence fragile, vaguement placardés dans les rues de l'Ohio. A respectivement 27, 32 et 23 ans, les trois victimes d'Ariel Castro sont désormais des femmes. Bien décidées à rattraper le temps perdu, après dix ans de captivité, comme en témoigne une vidéo diffusée mardi sur le site Internet YouTube.

"Je deviens plus forte chaque jour, et avoir eu ma vie privée respectée a énormément aidé. Je demande à tout le monde de continuer à respecter notre vie privée et de nous laisser le temps de revenir à une vie normale", commence Amanda Berry, coiffée et maquillée, un piercing à l'arcade sourcilière. C'est elle qui, début mai, était parvenue à s'enfuir de la maison d'Ariel Castro, donnant ainsi l'alerte. La jeune femme est la deuxième à avoir été enlevée par l'ex-chauffeur de bus, un soir du 21 avril 2003, alors qu'elle n'avait que 16 ans. Au cours de sa captivité, elle a eu une fille prénommée Jocelyn, aujourd'hui âgée de 6 ans, née des viols a répétition qu'elle a subis.

Gina DeJesus est la deuxième à prendre la parole sur cette vidéo, qui dure trois minutes. "Je voudrais juste dire merci à tout le monde pour votre soutien", explique timidement la jeune femme, qui arbore aujourd'hui une coupe à la garçonne. A ses côtés, sa mère Nancy Ruiz, qui n'a jamais abandonné les recherches pour retrouver sa fille. Gina est la troisième victime d'Ariel Castro, enlevée à l'âge de 14 ans le 2 avril 2004, alors qu'elle sortait du collège.

"Merci à tous pour vos donations"

La troisième des séquestrées de Cleveland à prendre la parole est la moins connue des trois ex-captives. Michelle Knight est la première victime recensée de l'ex-chauffeur de bus. Elle avait 21 ans lorsqu'elle a été kidnappée, le 23 août 2002. Et à en croire les enquêteurs, elle est celle sur qui Ariel Castro se serait le plus acharné, allant jusqu'à la battre pour lui faire perdre les bébés qu'elle portait suite à ses assauts sexuels répétés. Elle est également celle pour qui le retour à une vie "normale" a été le plus délicat. Il faut dire que la jeune femme, à la base, a connu une enfance difficile, en étant notamment victime de viols répétés de la part de son beau-père.

A sa disparition, ses proches ne se sont pas mobilisés pour la retrouver, sa mère ne se donnant même plus la peine de répondre aux coups de téléphone des enquêteurs. En toute logique, la jeune femme, à sa libération et après plusieurs jours d'hospitalisation, n'a donc pas souhaité rentrer chez sa famille. Elle est actuellement hébergée dans la famille de Gina, où elle se reconstruit petit à petit. Face caméra, la jeune femme est plus prolixe que ses compagnes d'infortune : "Merci à tous pour votre soutien et vos donations (à un fonds destiné aux trois victimes, ndlr) qui m'aide à me construire une nouvelle vie. Je voulais juste vous dire que je vais bien. J'ai peut-être connu l'enfer, mais je suis suffisamment forte pour l'avoir traversé avec le sourire aux lèvres". Avant de souligner qu'elle n'entend pas être rongée par la haine.

Dans le cadre de cette sordide affaire, Ariel Castro a été inculpé pour 329 chefs d'accusation. Il risque la peine de mort.