Quand Big Brother se livre à un exercice d'autosatisfaction. Suite aux révélations de l'ex-espion Edward Snowden sur les programmes de surveillance des communications menés par les services secrets américains, les patrons de la NSA et du FBI étaient appelés mardi à témoigner devant la commission du Renseignement de la Chambre des représentants. Mais pas pour être passés sur le gril, bien au contraire.

Si, par définition, la commission du Renseignement n'a pas l'habitude de mener ce genre d'exercice de transparence, son président, le républicain Mike Rogers, l'a estimé "important" dans cette affaire. Non pas pour s'interroger sur les libertés, mais bien "pour donner au public l'opportunité d'entendre comment le gouvernement utilise les autorisations légales que lui a fournies le Congrès depuis les attentats du 11-Septembre" (le "Patriot Act", lire ci-contre) afin de "protéger l'Amérique". Au passage, Mike Rogers a rendu un hommage appuyé au directeur de l'Agence nationale de sécurité (NSA), saluant "le dur travail de ses équipes" malgré la "désinformation" dont celui-ci aurait fait l'objet depuis les révélations de Snowden.


Complots contre Wall Street et le métro de New York

Ainsi mis en confiance, le général Keith Alexander, chef de la NSA, a pu dérouler son argumentaire. "Ces dernières années, les informations récoltées par ces programmes ont permis au gouvernement américain des avancées majeures pour aider à prévenir plus de 50 actes terroristes potentiels dans plus de 20 pays", a-t-il soutenu. Si la plupart des informations concernant ces attentats déjoués restent classifiées, a-t-il précisé, le général a donné plus d'éléments sur deux d'entre eux : un projet d'attentat contre le métro new-yorkais et un autre contre la Bourse de New York.

Détaillant l'enquête sur le complot contre Wall Street, le directeur adjoint du FBI, Sean Joyce, a expliqué que la NSA a pu localiser des appels téléphoniques internationaux (l'écoute d'appels nationaux n'est pas permise par le programme) vers Kansas City. Partant de ces données, le FBI a mis sous surveillance électronique un dénommé Khalid Ouazzani, qui selon lui préparait l'attaque avec des complices. "Le FBI a arrêté ces individus".

Edward Snowden sur le banc des accusés

En conclusion de sa démonstration, le général Alexander a souligné préférer "être ici aujourd'hui à débattre de ce point plutôt que d'essayer plus tard d'expliquer comment les Etats-Unis avaient été incapables d'éviter un nouveau 11-Septembre". Quant aux objections soulevées dans la presse sur la vie privée, le patron de la NSA a estimé avoir atteint un niveau de sécurité "qui ne remet pas en cause la vie privée et les libertés civiles" des citoyens américains. Une position conforme à celle tenue par Barack Obama lui-même, qui n'a eu de cesse de souligner que ces programmes étaient contrôlés par le Congrès et qu'un "bon équilibre" avait été trouvé entre la protection de la vie privée et les exigences de la lutte antiterroriste.

Pour l'administration comme pour les représentants du comité sur le Renseignement, le problème dans cette affaire reste donc Edward Snowden, dont les oreilles ont dû siffler mardi. Mike Rogers a notamment dénoncé son "comportement irresponsable, criminel". Nul besoin d'en convaincre l'opinion publique, dont la majorité (54%) pense que le responsable des fuites devrait être poursuivi en justice, selon un sondage publié mardi par USA Today. En revanche, les sondés sont plus partagés sur la question des programmes de surveillance (48% pour, 47 % contre), et estiment à 63% que leur vie privée aurait été violée si des données concernant leurs communications avaient été collectées. Ou quand les Américains se révèlent moins manichéens que leurs représentants.