Eternel trublion de la vie politique française et européenne, Daniel Cohn-Bendit a ajouté samedi son grain de sel à une mayonnaise qui n'en finit plus de monter entre Paris et Bruxelles. En substance, pour l'eurodéputé écologiste, dans la polémique qui oppose le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg au président de la Commission européenne José Manuel Barroso, ni l'un ni l'autre n'a raison, mais les deux ont tort.

Pour mémoire, entre autres bons mots échangés entre les deux hommes sur fond d'exception culturelle, le président portugais de la Commission avait mis le feu aux poudres en qualifiant la France de réactionnaire et le ministre français, globalement soutenu par le gouvernement, avait ajouté de l'huile sur le feu en rétorquant que M. Barroso était "le carburant du Front national" dont l'antieuropéanisme fait semble-t-il recette. Et ce n'était que le début de leur joute verbale, par déclarations aux médias interposées...

Barroso n'est pas irréprochable, l'accabler est "idiot"

A ces deux là, interrogé samedi 29 juin sur Europe 1, Daniel Cohn-Bendit a fait connaître sa position. Selon lui, "l'incapacité politique de l'UE, donc de tous les gouvernements européens, et l'incapacité de la Commission ont une responsabilité dans les difficultés des sociétés, qui vont, après, politiquement vers les populismes".

Si l'on s'arrêtait là, on pourrait y voir un soutien à la position d'Arnaud Montebourg, mais il a ajouté que "faire porter le chapeau simplement à Barroso est complètement idiot". En somme, a-t-il résumé dépité : "Et Montebourg, et Barroso ont tort : ce n'est pas match nul, c'est match négatif". Et d'ajouter faisant un drôle de raccourci entre les grands sujets du moment que "le compte bancaire de Cahuzac en Suisse, ce n'est pas le compte en banque de Barroso !".

Les fonds débloqués pour l'emploi des jeunes, "très insuffisants"

Quant à ce qui a été décidé à Bruxelles dans la nuit de jeudi à vendredi, lors du dernier sommet entre les dirigeants européens, notamment en direction de la jeunesse qui peine à rentrer sur le marché du travail, M. Cohn-Bendit a estimé que le compte n'y était pas. "Dire qu'il faut lutter contre le chômage des jeunes, c'est juste. Mais quand on met sept ou huit milliards sur deux ans, c'est complètement insuffisant pour six millions de jeunes au chômage en Europe", a-t-il déclaré.

Selon l'eurodéputé allemand, élu en France en 2009 sous l'étiquette Europe-Ecologie-Les-Verts avec qui il a coupé les ponts depuis le "non" de son parti au dernier traité européen : s'il veut imposer une politique de croissance à l'UE, François Hollande doit s'inspirer de la tactique mise en oeuvre par le Premier ministre britannique pour défendre les intérêts de son pays. En clair, le président français "doit faire son Cameron, et opposer son veto".