Le bras de fer sur l'exception culturelle se poursuit. Au nom de ce principe qu'elle défend bec et ongles depuis les années 1980, la France avait exigé, et obtenu vendredi dernier lors d'une réunion des ministres du commerce européens, que l'audiovisuel soit exclu des négociations à venir sur un traité de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis. En clair, pas question pour Paris, attaché aux subventions et aux quotas de diffusion, de laisser la culture devenir une marchandise comme les autres. Le président de la commission européenne, José Manuel Barroso, ne l'a pas digéré. L'attitude "anti-mondialisation" de la France est "totalement réactionnaire", n'a-t-il pas hésité à tacler lundi dans les colonnes de l'International Herald Tribune.

"Il ne faut pas baisser la garde"

Une sortie qui a fâché Paris. Si François Hollande a joué l'esquive, en affirmant "ne pas vouloir croire" que le Portugais ait pu faire une telle déclaration, sa ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, n'a pas mâché ses mots : "Ces propos sont absolument consternants. Ils sont inacceptables". "Nous allons continuer notre mobilisation, il ne faut pas baisser la garde", a-t-elle poursuivi, alors que José Manuel Barroso n'exclut pas que le secteur audiovisuel soit à nouveau mis sur le tapis lors de l'ouverture des négociations avec Washington.

Pour calmer le jeu, un porte-parole de la Commission a affirmé que la remarque qui a mis le feu aux poudres ne visait pas la France mais "ceux qui en parallèle ont lancé des attaques personnelles contre le président" Barroso. Une allusion, sans doute, aux déclarations du réalisateur Costa-Gavras, qui avait estimé la semaine dernière que "monsieur Barroso est un homme dangereux pour la culture européenne", ou à celles de Rachida Dati, qui avait exigé sa démission en estimant qu'il "se couche devant les Etats-Unis". Les esprits ne sont pas près de s'apaiser. Lundi encore, de nombreux responsables politiques, de droite comme de gauche, et des artistes comme Jean-Michel Jarre ou Alain Chamfort, sont montés au créneau contre José Manuel Barroso.