Comment se sont passées les interpellations ce mardi matin ?
J'étais en train de préparer le petit déjeuner pour mon fils qui se lève à 6h10. Moi, je m'étais levé à 5h30. Tout à coup, il y a eu une série de coups d'une force incroyable sur la porte. Je suis arrivé en gueulant : "Mais qu'est-ce qui se passe !?" Là, un type m'a dit : "Couchez-vous !" Puis, ils sont arrivés de partout, à toute allure. Ils étaient dix ou quinze. Je ne sais même pas si c'étaient des gendarmes ou des policiers. Apparemment, c'était la police de Paris. Ils sont montés à l'étage et quelqu'un a crié : "Cible en vue ! Cible en vue ! Ils ont alors été dans la chambre de mon fils. Moi j'étais mis à l'écart, je n'avais pas le droit de m'approcher de lui. J'ai répété : "Mais qu'est-ce qui se passe ?". On m'a répondu : "Complicité de menaces de destruction de biens et de personnes". Puis, ils nous ont emmenés à la gendarmerie d'Is-sur-Tille (Côte d'Or).

Votre fils est soupçonné d'avoir lancé de fausses alertes dans plusieurs lycées. Qu'en pensez-vous ?
Moi, je suis sur le cul. Ce n'est pas du tout le genre de mon fils de faire des trucs pareils. Mon fils fait de l'informatique, il est parfaitement anglophone. Il correspond avec des tas de gens, notamment des hackers. Il suit des cours d'informatique dans un établissement de Dijon et aussi par correspondance. Sa spécialité c'est la "sécurité et les réseaux". Il doit donc expérimenter des choses. D'ailleurs, il avait été placé en garde à vue l'année dernière pour avoir hacké un site. Il avait une collection de virus assez énorme (sic). Mais des alertes à la bombe dans les lycées, je ne le vois vraiment pas du tout faire ça.

Vous vous êtes retrouvés tous les deux en garde à vue, puis vous avez été relâché. Votre fils, lui, a été conduit dans les locaux de la Sûreté territoriale de Paris, chargée de l'enquête sur les appels menaçants passés à des lycées parisiens...
Oui, moi, ils m'ont entendu pendant quelques heures, avant de me laisser repartir libre en fin de matinée. Mon fils, ils m'ont dit qu'ils l'emmenaient à Paris, mais ils ne m'ont rien dit de plus. Je n'ai compris de quoi il s'agissait qu'en rentrant chez moi, par les médias.

Les forces de l'ordre ont saisi plusieurs objets à votre domicile, notamment des ordinateurs ?
Ils ont fouillé toute la maison, de la cave au garage. Ils ont pris les deux ordinateurs de Victor*. D'ailleurs, ils ont essayé d'en ouvrir un à la maison et ils n'ont pas réussi car ils étaient cryptés, je crois que ça les a un peu énervés. Puis ils ont pris aussi mes deux ordinateurs. Ainsi qu'une vingtaine de disques durs. Je suis retraité, j'étais technicien en automatisme industriel. Aujourd'hui, j'ai une activité bénévole de remise en état d'ordinateurs réformés par des entreprises. Je les remets en état et avec une association, on les redonne à des personnes défavorisées.

Plusieurs médias ont évoqué la présence d'images pédophiles dans les ordinateurs...
Ils cherchaient des trucs pédopornographiques, mais j'ai soutenu qu'il n'y en avait pas. Ils vont analyser les ordinateurs et les disques, mais je n'y crois pas.

Avez-vous des craintes pour votre fils ?
Oui c'est normal, je suis son père. Il est assez réservé. Je ne pense pas qu'il parlera beaucoup pendant sa garde à vue. Maintenant, je suis certain qu'il n'a rien à se reprocher dans cette affaire. Oui il a déjà hacké des sites. Oui, il passe énormément de temps sur son ordinateur. Oui, les forces de l'ordre ont retrouvé un reste de joint dans sa chambre... Et après ? Si, on peut ajouter à cela qu'il suit l'actualité et qu'il a un côté révolté. Voilà, c'est tout ce qu'on peut lui reprocher.

Si votre fils a été interpellé à 6h05, il n'est donc pas l'auteur de la fausse alerte de Belfort ce matin peu avant 9 heures...
Ça c'est sûr, car nous étions déjà aux mains des forces de l'ordre !

* les prénoms ont été modifiés

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