La Cour suprême des Etats-Unis a donné raison hier lundi à deux prisonniers se plaignant de leurs conditions de vie dans les prisons surpeuplées de Californie. Dans une décision serrée - cinq contre quatre - la plus haute juridiction du pays affirme par là répondre à une situation "exceptionnelle" où des prisonniers "souffrent et meurent" en raison de la surpopulation carcérale.

Pour cause, avec une population carcérale de 156 000 prisonniers répartis dans 33 prisons prévues pour en accueillir 80.000, la Californie détient le triste record de surpopulation des Etats-Unis.

Mais la question de la surpopulation et de sa régulation par l'Etat fédéral concerne la totalité des Etats d'un pays où près de huit habitants sur 1.000 sont incarcérés.

"Par manque de lits, des détenus suicidaires peuvent passer de longs moments dans une cage de la taille d'une cabine téléphonique", rappelle la Cour suprême dans sa décision, citant le cas d'un prisonnier "resté ainsi pendant près de 24 heures, nageant dans son urine, hébété".

Deux détenus "porte-parole"
A l'origine du dossier, deux prisonniers, l'un en 1990, l'autre en 2001, ont déposé plainte au nom de l'ensemble de leurs congénères, estimant que leurs droits constitutionnels étaient bafoués lorsqu'ils devaient attendre des mois pour recevoir certains soins médicaux.

En 2009, trois juges fédéraux réunis en formation exceptionnelle ont ordonné la libération de 46.000 détenus, jugeant que l'Etat savait depuis 20 ans que la situation n'était ni légale ni tenable.

C'est cette injonction que la Cour suprême a confirmée lundi, en insistant sur le fait qu'elle laissait "le choix des moyens pour réduire la surpopulation carcérale (...) à la discrétion de l'Etat", si celui-ci parvient à trouver une solution alternative rapide.

Quoiqu'il en soit, la Californie ne devrait pas ouvrir grandes les portes de ses prisons du jour au lendemain mais relâcher petit à petit les condamnés à des peines légères ou ne pas en incarcérer de nouveaux. Le directeur des autorités pénitentiaires de Californie, Matthew Cate, a estimé lundi que l'Etat avait besoin de davantage de temps. "Nous sommes déçus que la Cour n'ait pas tenu compte des nombreuses améliorations dans les soins dispensés aux détenus ces cinq dernières années et de la baisse importante de la population carcérale", a-t-il affirmé à la presse.

Les quatre juges les plus conservateurs de la Cour se sont élevés contre la décision de la majorité, estimant qu'elle revenait à ordonner la libération de plus de 30.000 prisonniers, "peut-être l'injonction la plus radicale dans l'histoire du pays".