RETRAITES

La réforme des retraites est présentée mercredi en conseil des ministres. Au vu de la faible mobilisation sociale, estimez-vous avoir déjoué les pièges de ce dossier annoncé comme explosif ?
J'ai voulu une réforme juste et responsable, qui permette de sauver notre système de retraites par répartition en demandant un effort équitablement réparti entre les actifs, les retraités et les entreprises. Nous allongerons la durée de cotisation, à partir de 2020, pour tenir compte de l'espérance de vie à la retraite. Mais, afin de ne pas pénaliser ceux qui commencent à travailler tôt, nous n'avons pas touché à l’âge légal : il restera à 62 ans, et on pourra liquider au plus tard à 67 ans une retraite à taux plein. Des mesures sont par ailleurs inédites.

Laquelle vous semble la plus importante ?
La prise en compte de la pénibilité au travail. Notre réforme est progressiste, elle est de gauche. Elle sera plus juste pour les femmes : tous les trimestres de maternité seront comptés, des trimestres seront validés pour les petits temps partiels. Quant aux jeunes, ceux qui étudient en apprentissage ou en alternance valideront tous leurs trimestres. Ils pourront aussi racheter des périodes d’études post bac avec un tarif préférentiel. Je pourrai citer beaucoup d’autres mesures pour ceux qui connaissent des périodes de chômage, pour les retraités agricoles et pour les poly-pensionnés. Alors, évidemment, quand un effort est demandé, on peut toujours dire que c'est beaucoup. Mais les Français ressentent notre volonté d'engager une réforme équilibrée. Un commissaire européen l'a qualifiée de "réforme à la française". Je le revendique : pour moderniser notre modèle social, on n'est pas obligé de tout détruire.

Mais en évitant les mesures susceptibles de cristalliser les mécontentements, ne procédez-vous pas à une réforme a minima ?
Pour certains, une réforme qui ne serait pas a minima serait une réforme qui fait mal ! On m'a par exemple dit : "Vous ne touchez pas aux régimes spéciaux ou à la retraite des fonctionnaires". C'est inexact. Les salariés des régimes spéciaux et les fonctionnaires vont voir leurs cotisations augmenter en plus de l’augmentation déjà prévue d'ici 2017 et 2020. L'effort est demandé à tous et il permet de redresser l’ensemble des régimes de retraite, pas seulement ceux des salariés du privé.

EMPLOI

François Hollande a assuré dimanche être "tout près du but" qu'il s'était fixé d'inverser la courbe du chômage. Mais cette baisse peut-elle être durable ?
Comme le président de la République, je suis confiant dans l'inversion de la courbe du chômage d'ici la fin de l'année. La montée en puissance très forte des emplois aidés a un effet certain : depuis trois mois, la courbe s'inverse déjà pour les jeunes. Mais si on ne faisait que cela, ce serait évidemment insuffisant. Au-delà de cette politique volontariste, il faut que nos entreprises créent elles-mêmes des emplois. C'est la raison pour laquelle nous avons entrepris, depuis plus d'un an, de leur redonner des marges de manœuvre, notamment grâce au crédit d'impôt compétitivité emploi de 20 milliards d'euros, qui se traduit par une baisse du coût de travail, grâce aussi au projet de loi sur la sécurisation de l’emploi. L'objectif central de notre budget pour 2014, c'est de renforcer encore cette bataille pour la croissance et l'emploi."

POUVOIR D'ACHAT

François Hollande a confirmé dimanche un allègement des premières tranches de l'imposition sur le revenu. Le gouvernement fera-t-il d'autres gestes pour le pouvoir d'achat des plus modestes, comme par exemple un coup de pouce à la prime pour l'emploi ?
"Cette décote pour les deux premières tranches, de même que la réindexation sur l'inflation du barème de l'impôt sur le revenu, est une mesure très importante pour les revenus les plus modestes. Pour le reste, rien n'est encore décidé : chaque mesure a un coût budgétaire très élevé. Mais je le redis, la meilleure réponse à la question du pouvoir d'achat, c'est l'emploi et la croissance. Ce que nous avons entrepris va dans la bonne direction. Je suis confiant."


IMPOTS

Le gouvernement promet une "pause fiscale" pour 2014. Ne devrait-on pas plutôt parler de "ralentissement", quand on sait que les ménages seront touchés par la hausse de la TVA, celle des cotisations retraites ou par la baisse du quotient familial ?
Il s'agit en effet d'un ralentissement, pour aller à une pause fiscale qui sera effective en 2015. Nous demandons un effort aux Français, notamment mais pas seulement, j’en ai conscience, à ceux qui ont des revenus plus élevés. Mais ceci nous le faisons pour préserver notre modèle de solidarité. En terme de politique familiale par exemple, nous avons maintenu l’universalité des allocations mais réduit le quotient familial. Les efforts demandés vont permettre de financer la création d’un plan de places en crèches, d’accueillir des enfants dès deux ans en maternelle ou de mieux aider les familles monoparentales. Ailleurs, les efforts vont servir à améliorer le système de bourses pour les étudiants des classes populaires mais aussi des classes moyennes. Quand vous demandez des efforts aux Français, il faut bien leur expliquer pourquoi : ce n’est pas par facilité pour boucher les trous d’un budget, mais pour mettre ces nouvelles recettes au service d’un objectif. Nous faisons par ailleurs des efforts d’économies (15 milliards d’euros en 2014) sans précédent pour augmenter le moins possible les prélèvements.
 
ECOLOGIE

La deuxième conférence environnementale se tient vendredi et samedi, sur fond de bisbilles récurrentes avec les écologistes. Quels engagements forts allez-vous prendre pour les rassurer ?
La transition énergétique est une nécessité. Ce n'est pas seulement l'ambition d'un parti, c'est celle du gouvernement de la France, et je porte cette ambition. Il s’agit de mieux consommer l’énergie pour en consommer moins, de développer les énergies renouvelables. Pour aider les Français à moins consommer, nous allons notamment lancer en octobre une grande campagne gouvernementale à destination des tous les ménages, qui dépensent beaucoup pour leur chauffage. Nous allons ouvrir dans toutes les régions des guichets uniques : les personnes qui souhaitent renforcer l'isolation thermique de leur logement pourront bénéficier d’un crédit d’impôt, d’une subvention de l’Etat et d’un prêt à taux zéro, qui pourra couvrir jusqu’à 80% de leurs dépenses. Cela se traduira très vite pour chacun par un retour sur investissement, qui participera à la réduction de la facture énergétique de la France et à la réduction de celle des Français.

La future "contribution climat-énergie" annoncée est encore floue. Concrètement, comment pourrait-elle fonctionner ?
C’est un système qui valorise les comportements vertueux : si vous êtes plus économe en énergie, pour vos transports, votre logement, vous serez avantagés fiscalement. Les bases de cette contribution seront fixées pour 2014 et au-delà. Il s'agit de faire évoluer notre fiscalité, mais pas du jour au lendemain, de manière à permettre les adaptations de comportement. On démarrera donc très bas pour une montée progressive. Nous accompagnerons par ailleurs la transition avec toutes les aides à la rénovation thermique dont je viens de vous parler.

Les Verts ont à plusieurs reprises menacé de quitter le gouvernement. Quelle place occupent-ils aujourd'hui au sein de votre équipe ?
Il faut poser la question à Cécile Duflot. Elle vous dira qu’elle ne perd pas son temps au gouvernement ! En tant que ministre du Logement, elle fait un bon travail, qui va dans le sens de ce à quoi aspirent les écologistes. Il faut bien qu'ils mesurent l'apport qui a été le leur dans ce gouvernement. Les engagements qui ont été pris - concernant la transition écologique, la transition énergétique et la protection de la biodiversité - ne sont pas des effets d'annonce. Ils sont en train de se mettre en œuvre fortement. La conférence environnementale le confirmera.

CUMUL DES MANDATS

Le texte sur l’interdiction du cumul des mandats arrive mercredi au Sénat, où les réticences sont fortes. Le gouvernement pourrait-il accorder des exceptions aux sénateurs, représentants des collectivités locales ?

Non, c’est un engagement du président de la République. Et cela correspond à une réelle aspiration des Français. Moi-même, j’ai "cumulé" pendant des années. Si j’étais encore parlementaire, j’aurais accepté cette nouvelle règle sans aucune hésitation. Notre démocratie a besoin de se moderniser. La fin du cumul sera une réelle avancée, les Français l’attendent.
 
LA VIE A MATIGNON

Votre cote de popularité remonte dans les derniers sondages. Y êtes-vous sensible ?
Tout le monde regarde les enquêtes d'opinion. Mais je ne veux pas fixer mon horizon sur un sondage hebdomadaire. Je sais ce que j’ai à faire pour redresser le pays. Je le fais avec la plus grande sincérité pour rassembler les Français autour des valeurs qui sont les nôtres. En ce moment, c’est bien nécessaire. Il faut résister à certaines sirènes, d’extrême-droite, populistes, qui ne présentent aucune solution et créent une vraie désespérance. Moi, j’ai avant tout envie que les Français retrouvent la confiance en eux-mêmes. J’interpelle les dirigeants de l’UMP pour qu’ils prennent leurs responsabilités et cessent cette danse permanente avec le Front national.

Nicolas Sarkozy qualifiait François Fillon de "collaborateur". Comment fonctionne votre tandem avec François Hollande ?
Nous fonctionnons comme un duo de l’exécutif, il y a une vraie complémentarité entre nous. Une grande confiance. Mais au final, c’est le président qui arbitre, car c’est lui qui a été élu directement par les citoyens.

Vous vous sentez donc bien à Matignon aujourd'hui ?

Tout à fait à l'aise ! Ce n'est pas l'enfer, comme vous le voyez !