La violence est devenue le lot quotidien des Egyptiens. Quinze personnes ont ainsi été blessées dans la nuit de samedi à dimanche à Port-Saïd, dans le nord-est de l'Egypte, lors de heurts entre partisans et adversaires du président islamiste déchu Mohamed Morsi. Les accrochages ont débuté après les obsèques d'un jeune partisan de l'ancien chef d'Etat. Une source médicale à l'hôpital al-Amiri de la ville a confirmé à l'AFP avoir vu "cinq blessés, dont deux dans un état critique avec des blessures par balle au cou et à la poitrine".

Ces incidents interviennent alors que la journée de samedi a été particulièrement meurtrière : 72 manifestants pro-Morsi été tués dans des affrontements avec les forces de l'ordre au Caire. Et ce week-end n'est qu'une nouvelle étape dans l'escalade de la violence observée en Egypte depuis le renversement de Mohamed Morsi, le 3 juillet. Au total plus de 300 personnes ont perdu la vie dans des troubles liés à la situation politique depuis un mois à travers le pays.

Un processus révolutionnaire d'au moins une dizaine d'années

Les Etats-Unis, par la voix du secrétaire d'Etat américain John Kerry, se sont dits "très inquiets" et l'organisation Human Rights Watch a dénoncé dimanche les morts survenues samedi au Caire, accusant les autorités d'un "mépris criminel" de la vie humaine. Les manifestants ont accusé les forces de sécurité d'avoir tiré à balles réelles, mais le ministère de l'Intérieur a affirmé n'avoir fait usage que de gaz lacrymogènes. Ces morts montrent "une volonté choquante de la part de la police et de certains (responsables) politiques de faire monter d'un cran la violence contre les manifestants pro-Morsi", a estimé le directeur de HRW pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Nadim Houry.

Et cette situation alarmante pourrait durer. "On vit un processus révolutionnaire qui va prendre au moins une dizaine d'années", met ainsi en garde Karim Emile Bitar, spécialiste du monde arabe à l'Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris) interrogé par l'AFP. "Et qui dit processus révolutionnaire dit révolution, contre-révolution, tentative de récupération de la révolution, et c'est précisément ce qui est en train de se produire", poursuit-il. Il faudra encore du temps pour que l'Egypte amorce enfin sa transition démocratique.