Une fois de plus, le chanteur Bernard Lavilliers s’est déplacé pour les assurer de son soutien. Mercredi, il a passé la soirée avec les sidérurgistes d’ArcelorMittal au centre culturel La Passerelle, à Florange, où était projeté en avant-première "La Promesse de Florange"*, un documentaire d’Anne Gintzburger.

Une visite hautement symbolique, car elle coïncide avec l’arrêt définitif des hauts-fourneaux de la vallée, entériné jeudi lors du comité central d’entreprise d’ArcelorMittal. Jusqu’alors, ces gigantesques totems tubulaires étaient maintenus en chauffe, sous "respirateur artificiel". Cette fois, l’arrêt de mort est acté. Ils ne repartiront plus. Une perspective d’autant plus douloureuse qu’il s’agit des deux derniers hauts-fourneaux de Lorraine. Au plus fort de son activité, la région en comptait une centaine...

Dans le processus sidérurgique, le haut-fourneau est l’organe noble : c’est là que s’élabore la fonte, transformée ensuite en acier. Dans l’assistance qui assiste à la projection, les yeux rougis en disent long sur le moral des hommes du fer.
Thomas Malfone, chef fondeur, 35 ans de coulées à son actif, avoue à Metro "avoir mal aux tripes". "Ces deux hauts-fourneaux, je les connais pièce par pièce. S’ils s’arrêtent, c’est une partie de moi-même qu’on enlève." Avec passion, il se confie sur le quotidien des fondeurs, notamment les coulées, la phase la plus spectaculaire du travail sidérurgique, lorsqu’un torrent de fonte à 1 450 °C jaillit du ventre du haut-fourneau : "C’est un feu d’artifice, avec des flammes de vingt mètres et d’immenses gerbes d’étincelles. La chaleur est intense, le vacarme effroyable, l’odeur âcre, ça souffle, ça gronde, on se croirait en enfer."

"J’ai la gorge nouée"

Les images du documentaire, ravivent les plaies : les promesses de François Hollande, le suspense des négociations avec Mittal, l’échec d’Arnaud Montebourg, le sentiment de trahison, et la cruelle désillusion qui s’est ensuivie. "Le seul combat que nous avons gagné, c’est celui de la médiatisation, souligne Lionel Burriello, un haut-fourniste de 35 ans. Ce film a le mérite de montrer l’amour d’un métier, d’un magnifique outil de travail, d’une culture." Sa maison se trouve en face des hauts-fourneaux. "J’ai la gorge nouée de les voir à l’arrêt, silencieux, c’est comme si j’étais devant un cimetière."

La fonte coulera-t-elle à nouveau un jour en Lorraine ? Edouard Martin, le leader de la lutte des Florange, veut encore y croire, "même si on sent que la mort rôde". Désormais, il ne reste qu’une seule cartouche : le projet Ulcos, un projet de haut-fourneau propre, qui fait partie de l’accord signé entre le gouvernement et Mittal. "Il faut que Hollande solde le dossier Florange par le haut. Il nous le doit. Sinon ce sera son Gandrange à lui", prévient le syndicaliste.

*La Promesse de Florange, diffusion le 16 avril sur France 5, à 20h40