Il avait déjà confié ses états d'âme à Libération, avant de rentrer dans le rang et de se faire discret. Arnaud Montebourg a confirmé vendredi matin qu'il avait bien failli rendre son tablier de ministre à Jean-Marc Ayrault après leur désaccord sur le dossier Florange. "Tout était prêt" pour ma démission, a-t-il assuré sur BMTV, jouant cartes sur table : "Quand on est désavoué et qu'on ne peut pas agir, que la parole ministérielle est discréditée, la question se pose". Le ministre du Redressement productif révèle que ce sont François Hollande et Edouard Martin, le leader CFDT de l'usine ArcelorMittal, qui l'ont convaincu de ne pas bouger et de rester à son "poste de travail et de combat".

Celui que les Guignols de l'info surnomment "Don Quichotte" a perdu une bataille, mais il n'a pas totalement enterré la hache de guerre. Face à Jean-Jacques Bourdin, Arnaud Montebourg a enfoncé le clou sur son idée de nationalisation temporaire, celle-là même que le Premier ministre avait repoussée le 30 novembre. "Nous aurons à imaginer des solutions volontaires", a-t-il martelé, soulignant que de nombreux pays dans le monde ont opté pour celle-ci.

Soutenu par l'opinion

Voilà qui risque de ne pas améliorer ses relations avec le chef du gouvernement. Mais Arnaud Montebourg se sait soutenu par l'opinion, en particulier de gauche, sur ce dossier. Dans notre dernier baromètre politique OpinionWay, réalisé juste après la passe d'armes gouvernementale sur l'aciérie, sa cote de satisfaction avait progressé de cinq points (à seulement 35% de satisfaits toutefois).

"A-t-il raison de ne pas claquer la porte ?", se demandait Metro le 3 décembre. Le député PS Thomas Thévenoud, soulignant qu'Arnaud Montebourg "entre en résonance avec l'opinion", nous assurait alors que "le gouvernement a besoin de personnalités de son courage", et que "au-delà de son attitude qui peut faire débat, une ligne politique s'affirme". Le spécialiste du PS Rémi Lefèbvre jugeait de son côté que "Hollande, en plein tournant social-libéral, a besoin d'un marqueur à gauche comme lui au sein du dispositif gouvernemental, pour ne pas donner trop d'espace à Mélenchon". Mais le politologue s'interrogeait : "Jusqu'où Montebourg, humilié dans ce dossier Florange, est-il prêt à aller pour rester au gouvernement ?". La question pourrait se reposer dans les mois à venir.