C'est devenu une tradition. Chaque année, le Parlement européen est appelé à voter un texte portant sur l'avancée de l'égalité hommes-femmes au sein de l'Union. Un vote symbolique, qui consacre la volonté du Parlement d'avancer sur le sujet, mais qui ne contraint nullement les Etats membres à légiférer. Cette année, le rapport, préparé par le socialiste belge Marc Tarabella, a posé un diagnostic sévère sur l'égalité des droits. Sur 52 paragraphes (lire le rapport complet ici), il fait des propositions pour réduire les inégalités. "Les choses avancent trop lentement, par exemple sur l'égalité salariale, elle ne sera obtenue qu'en 2084 si rien n'est fait !" avance-t-il.

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L'avortement, "arme de destruction massive" pour le FN

Parmi toutes les propositions, c'est le paragraphe 45 qui a été le plus discuté. Le PPE, principal parti de droite au Parlement, avait d'ailleurs laissé la liberté de vote à ses députés. Le paragraphe 45 insiste sur le fait que les femmes "doivent avoir le contrôle de leur santé et de leurs droits sexuels et reproductifs", notamment "grâce à un accès aisé à la contraception et à l'avortement". En Europe, l'Irlande, la Pologne ou Chypre ont des législations très restrictives (voire interdisent totalement) l'IVG.

L'intégralité des élus FN du Parlement européen a voté contre ce paragraphe. Parmi eux, Aymeric Chauprade, chef de la délégation FN, a estimé lors des débats que l'avortement était une "arme de destruction massive contre la démographie européenne". Les lobbys religieux ont également été très présents pour empêcher le vote de cet article. "Chaque député en charge du rapport a reçu 35.000 mails lors de la préparation du texte en commission", indique le collaborateur de Marc Tarabella.

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Contre la clause de parité dans les appels d’offres

L'avortement n'a pas été le seul point contesté par les élus FN, qui ont voté contre de nombreuses autres dispositions du rapport. Ils ont par exemple rejeté l'article 5, qui souligne "qu'une participation égale des femmes et des hommes au marché du travail permettrait d'augmenter de manière substantielle le potentiel économique de l'Union européenne" ou l'article 21, qui invite la Commission et les États membres à "étudier la possibilité d'inclure des clauses de parité hommes-femmes dans les appels d'offres pour des marchés publics". À noter qu'une grande partie des députés UMP, comme Nadine Morano ou Michèle Alliot-Marie, a voté de concert avec le FN sur ce point. Le rapport a finalement été adopté par 441 voix contre 205. 52 eurodéputés se sont abstenus.

Ce texte ne s'imposera donc pas aux Etats membres, "mais c'est notre rôle de parlementaire européen de montrer l'idéal vers lequel il faut tendre, se félicite l'eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume, contactée par metronews. Le Parlement a fait preuve de son ouverture d'esprit en la matière. Au Conseil désormais, de se saisir du sujet". Le Conseil européen, qui réunit chefs d'Etat et de gouvernement, bloque par exemple sur l'harmonisation du congé maternité.