Riverain de la Bonne Bière et de la Casa Nostra attaquées le 13 novembre au soir par des terroristes, le docteur Michel Bonnot s'était précipité sur les lieux pour venir en aide aux victimes. Deux jours plus tard, dans les colonnes du Quotidien du médecin, cet anesthésiste–réanimateur avait estimé que, si les secours étaient arrivés plus rapidement et si les pompiers avaient eu plus de moyens médicaux à disposition dans leurs camions, "certains blessés auraient pu être sauvés".

Il n'a pas été le seul à estimer après les attaques sanglantes qui ont marqué la fin d'année que le bilan aurait pu être moins lourd que les 130 morts et 352 victimes enregistrées. Non pas si les délais d'intervention avaient été plus courts, mais si davantage de témoins étaient intervenus avant l'arrivée des professionnels dédiés. "De nombreuses personnes étaient sur place au cours des différents attentats. Beaucoup étaient indemnes après le départ des terroristes. Certains ont fait le très mauvais choix de filmer, d'autres voulaient agir… Mais ne savaient malheureusement pas quoi faire", indique un secouriste qui a préféré garder l'anonymat.

Afin de faire face à d'éventuelles attaques similaires, la préfecture de police de Paris et la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ont mis en place, deux mois après les attaques, des initiations gratuites aux gestes de premiers secours dans six casernes parisiennes. Les premières sessions avaient lieu samedi dernier, et elles ont connu un franc succès.

"C'est sûr, je ne sais pas quoi faire"

A la Caserne Sévigné dans le 4e arrondissement de Paris, une quinzaine de personnes se sont ainsi retrouvées à 13h30 pour le premier "cours" de cette session. Parmi elles, une majorité de trentenaires mais aussi un adolescent et quelques seniors invités dans un premier temps à répondre à un questionnaire. Les problèmes posés sont clairs, mais les réponses – bien que sous la forme de QCM- peinent à venir. "Moi si une personne fait un AVC devant moi, c'est sûr je ne sais pas quoi faire. Alors en cas d'attentat, je n'imagine pas", lance une participante spontanément. Pourtant, c'est bien à ce genre de situation que veulent préparer la préfecture de police de Paris et la Brigade des Sapeurs-pompiers.

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Ainsi, au cours de la première heure d'initiation, une vidéo est projetée au groupe. Dans celle-ci, une femme est amenée à intervenir à la terrasse d'un café où plusieurs personnes ont été la cible d'hommes armés. Plusieurs individus sont morts, d'autres sont blessés. "On nous a volontairement montré une scène identique à ce qu'a connu Paris le 13 novembre. C'est un peu anxiogène, ça rappelle de mauvais souvenirs. En même temps, c'est dans des moments comme cela qu'il faut savoir agir", commente un participant.

Yohan, un des trois sapeurs-pompiers qui animent ce cours, demande alors ce que chacun ferait dans ce cas-là, et dans quel ordre de priorité. Les réponses ne fusent pas… "C'est l'intérêt de la formation, dit l'un de ses collègues. Personne ne peut s'improviser médecin, mais, quand on est un peu formé, on peut avoir le bon geste, au bon moment. Dégager en urgence une victime, compresser une plaie, poser un garrot avec une ceinture ou un bout de tissu ou mettre un blessé dans la bonne position quand il a du mal à respirer par exemple, ce sont des choses simples à faire et qui peuvent être essentiel".

Massage cardiaque et défibrillateur

L'autre partie du cours consiste à apprendre à "masser" ou "défibriller" une victime. "Le geste, on le connaît, on le visualise, mais sans cet entraînement avec les pompiers, je n'aurais jamais osé appuyer ainsi sur le thorax de quelqu'un, dit une participante. En plus, il faut savoir adapter le massage aux enfants, et aux adultes. Maintenant, je me sens opérationnelle, avec ou sans défibrillateur".

Pendant le dernier quart d'heure de l'initiation, un intervenant de la préfecture de police vient présenter le plan Vigipirate. "Savoir qui appeler, quoi faire, comment se protéger. Ça peut sembler évident. Mais dans la panique, les gens ne savent pas trop quoi faire".

A l'issue des deux heures, les participants remercient les pompiers et repartent contents, leur "attestation de sensibilisation aux gestes qui sauvent" sous le bras. "Ça m'a fait du bien d'apprendre tout ça. Si demain on se retrouve dans le cas du 13 novembre, je saurai comment réagir, dit l'un d'eux. C'est utile, c'est gratuit, tout le monde devrait faire ça".

Les inscriptions se font uniquement en ligne sur le site de la préfecture de police. A noter que des formations de 7 heures, payantes et formatrices, sont dispensées par la Protection civile ou la Croix-Rouge.

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