François Hollande a tranché. Que pensez-vous de ses choix de "panthéonisation" ?
La première chose qui marque, c'est évidemment la volonté, attendue, de féminiser le Panthéon. D'un seul coup, il double le nombre de femmes puisqu'il n'y en avait jusqu'ici que deux, Marie Curie et Sophie Berthelot. Et encore, la seconde n'y était que pour accompagner son mari... Au-delà, même si les choix peuvent toujours être discutés, ce sont sont tous de très belles figures incarnant l'héroïsme, le courage et l'engagement.

Quatre entrées d'un seul coup, est-ce que ça n'enlève pas de la force à ces choix ?
Ce n'est pas une première, il y avait notamment eu plusieurs entrées au moment du bicentenaire de la Révolution. Cela perdrait de la force si c'était un événement trop répété, mais Nicolas Sarkozy n'en a pas fait sous le précédent quinquennat. Et là, cette nomination a un sens collectif, avec ces quatre personnages tous victimes de la barbarie nazie et collobarationniste. Deux d'entre eux ont perdu la vie, et les deux femmes ont subi les misères de la déportation. Le symbole d'ensemble est net de ce point de vue-là.

Que nous disent ces nominations de la trace que François Hollande veut laisser dans l'Histoire ?
Insister sur la résistance, c'est aller sur un terrain consensuel, avec des choix qui ne portent pas de tensions très fortes du point de vue de la mémoire. Ce qui est très marqué, c'est l'intérêt que ce Président porte aux souffrances de la Seconde Guerre mondiale. On l'a vu lorsqu'il a réaffirmé le rôle de la France dans la rafle du Vel d'Hiv, ou dans l'importance qu'il veut donner cette année aux 70 ans de 1944, quitte à les confondre avec le centenaire de 14-18.

Qui sont les grands oubliés du chef de l'Etat ?
Plusieurs choix ont été faits. Ne pas mettre en avant la Première Guerre, alors même que c'est le centenaire et qu'il y a eu des demandes et pressions en ce sens. Ensuite, ne pas insister en particulier sur le féminisme : d'autres, comme Olympe de Gouges ou Simone de Beauvoir, pouvaient incarner un féminisme plus militant. On avait aussi pensé à des figures plus radicales, comme Louise Michel. Mais cela n'étonnera pas que François Hollande ne les ai pas choisies : alors qu'il mène une politique dans la version la plus modérée de la gauche, il était évident qu'il n'allait pas mettre en avant ceux qui ont mis les luttes sociales au cœur de leurs engagements. Les entrées au Panthéon, ce sont toujours des choix politiques.

* Co-auteur de "La grande guerre - Carnet du centenaire", aux éditions Albin Michel