Le remaniement, ce n’est pas pour maintenant. Mais il viendra en son temps. C'est en somme ce qu'a laissé entendre le président de la République, dans un entretien au magazine Paris Match. Pressé de toute part de repartir d'un nouveau pied, François Hollande assure ainsi qu'un remaniement ministériel "viendra en son temps", laissant planer le mystère sur le calendrier. "Un jour, des choix et aménagements auront à être faits. Mais j'ai besoin de tous", explique le chef de l'Etat dans l'hebdomadaire à paraître mercredi.

Remanier, l'idée n'est pas neuve. Elle a notamment germé après l'affaire Cahuzac dans l'esprit des Français. Selon notre baromètre, ils étaient alors plus de six sur dix à réclamer une mise à plat du gouvernement. Depuis, plombé par un bilan plus que mitigé, que les derniers chiffres records du chômage ont entaché, l'exécutif arrive à un seuil critique. Sa crédibilité est plus que jamais remise en cause, sa popularité dégringole. Et si, il y a un mois encore, l'entourage du chef de l'Etat répétait qu'un remaniement n'était pas à l'ordre du jour, la question n'est aujourd’hui plus taboue à l'Elysée. "Aujourd'hui, ce sont des résultats que les Français attendent. Cette équipe doit en produire sur le chômage, le logement, la consommation, l'éducation, la place de la France dans le monde", a réaffirmé le président.

Au gouvernement, personne n'est à l'abri...

Qui pourrait partir ? Les pronostics vont bon train depuis des semaines. Le nom d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, est évidemment cité. En cause : un certain penchant pour la rébellion (n'a-t-il pas lancé à la face du Premier ministre lui-même : "tu fais chier la terre entière avec ton aéroport" ?) mais aussi sa gestion contestée des dossiers, comme Florange ou plus récemment, Dailymotion (même si le président a réaffirmé au cours de l'entretien son soutien au ministre dans cette affaire). Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls ne s'en est d'ailleurs pas caché : s'il avait été Premier ministre, il l'aurait déjà viré.

Les couacs au sein du gouvernement n'ont pas manqué. De Cécile Duflot (Logement), que l'on dit pourtant très appréciée par le Président, à Victorin Lurel (Outre-Mer), de nombreux ministres se sont retrouvés, malgré eux, dans le viseur. Sans parler de Pierre Moscovici, frappé de plein fouet par l'affaire Cahuzac, ou du Premier ministre lui-même, Jean-Marc Ayrault, dont l'autorité est contestée. Mais aucun nom n'est pourtant sorti de la bouche du Président. Celui-ci s'est contenté d'affirmer que "personne n'est protégé dans le gouvernement" et que "personne n'a d'immunité".

… sauf Manuel Valls, chouchou du Président

On peut pourtant, sans trop de risque, imaginer déjà un futur rescapé : Manuel Valls. Chouchou des sondages d'opinion, c'est peu dire que l’exécutif, très critiqué, a besoin de garder en son sein un ministre apprécié des Français. Le locataire de la place Beauvau est d'ailleurs le seul membre du gouvernement qui a reçu les honneurs du Président lors de son entretien à Paris Match. "Manuel Valls fait du bon travail, reconnu comme tel par l'opinion publique", s'est ainsi félicité François Hollande.

Ce dernier a cependant écarté une option qui séduit les Français : former un gouvernement d'union nationale. Il explique toutefois qu'il y a "des causes qui doivent nous réunir" : "la lutte contre le chômage, le redressement productif, la place de la France dans la mondialisation sont des enjeux qui dépassent les clivages", a-t-il assuré. Mais si nouveau gouvernement il y a, ce sera sans doute sans le leader du front de gauche Jean-Luc Mélenchon. Il n'a "jamais fait partie de la majorité", a tranché le chef de l'Etat.