Mentir sur son CV ? Noooon, personne ne le fait ! Ou si peu… Juste lui redonner un coup de neuf, le booster, mettre en valeur son profil, présenter une belle vitrine. Bref, l’améliorer ! Apparemment, c’est carrément un sport national : d’après la dernière étude menée en 2013 par le cabinet de conseil en recrutement Florian Mantione Institut, 75% des CV seraient trompeurs. Voire carrément mensongers. C’est aussi pour ça que le gouvernement a annoncé ce jeudi la création d’un service numérique "pour délivrer les attestations de diplômes d'Etat". Sur le papier, ce dispositif garantira l'authenticité des documents auprès des employeurs (voir encadré).

"La pratique du CV arrangé n’est pas nouvelle, mais se voit de plus en plus sur les réseaux sociaux, pour correspondre pour correspondre à un profil recherché. Se voit beaucoup sur les réseaux sociaux", explique Augustin Valero, directeur associé du cabinet. C’est même d’ailleurs sur un flagrant délit que le cabinet a lancé sa première étude sur le sujet, en 1989 : "Un candidat qui postulait chez nous avait marqué « Diplômé Sup de Co Toulouse en 1972", se rappelle Augustin Valero. "Or il se trouvait que le fondateur de notre cabinet, Florian Mantione, avait fait cette école, et en était sorti la même année. Il ne l’avait jamais vu."

Tous menteurs ?

Enjoliver la réalité. La pratique a même donné lieu à des histoires croustillantes, parfois aberrantes. Comme celle de Jean-Philippe Gaillard, qui avait été recruté en 2011 par la Chambre de commerce comme directeur de l’aéroport de Limoges. Il disait avoir une formation de pilote de ligne. Mais son brillant CV était faux. Il a été démasqué. Et licencié. Même topo pour Scott Thomson, embauché comme directeur général de Yahoo en 2012… après s’être inventé un diplôme de comptabilité. Exemples extrêmes, à des postes haut placés.

"Dans la plupart des cas, les CV trompeurs vont induire en erreur, en améliorant la réalité soit sur le fond en mentant sur l’obtention d’un diplôme, soit sur la forme, en adaptant leur CV à un poste", explique Augustin Valero.  "Mais ceux qui "bidonnent" réellement représentent moins de 5% des curriculum". 

Salaires gonflés, diplômes inventés, activités exagérées...

Ceux qui trichent le plus ? Les seniors, qui craignent que leur âge ou leurs qualifications ne fassent peur et préfèrent les cacher, les jeunes en manque d’expérience. Et côté professions, assure Augustin Valero, "la palme des tricheurs revient aux commerciaux ! Sur leur CV, ils ont tous fait bondir leur chiffre d’affaires et dépassé leurs objectifs !" D’ailleurs, certaines "légères modifications" sont particulièrement utilisées : "Le premier mensonge est souvent sur des diplômes, qu’on n’a pas", détaille Augustin Valero. "Vient ensuite le poste occupé : 70% des candidats aiment rajouter des responsabilités à celle qu’ils ont réellement eu, pour essayer de coller au poste." La moitié des candidats trichent aussi sur la durée réelle de leur travail. A travers de petites subtilités : "Un candidat écrira, par exemple, qu’il a occupé une fonction de directeur comptable de 2011 à 2012, en omettant de dire que c’était de décembre 2011 à février 2012. On a travaillé trois mois, on fait croire à deux ans... " Malin. Autres grands classiques : les salaires, souvent gonflés, ou la langue. "Sur le CV, tout le monde parle anglais "fluently". Pourtant, 62% d’entre eux ne le maîtrisent pas", sourit Augustin Valero. Même les activités extraprofessionnelles sont améliorées : "Pour montrer qu’on est sympathique, on va écrire qu’on est président d’une association, qu’on a quitté il y a 20 ans."

Des petits travers humains pour se vendre sur un marché du travail de plus en plus concurrentiel ? Peut-être. En tout cas, le "faux CV" est rentré dans les mœurs. "90% des candidats trouvent ça normal d’arranger le CV", constate Augustin Valero. "Leur argument est tout le monde le fait, et ils pensent que les employeurs ne vérifient jamais. Et c’est en effet le cas pour deux tiers d’entre eux". D’autant que le CV est toujours considéré comme "le meilleur moyen de décrocher un rendez-vous". Ce qui est peut-être, d’ailleurs, un défaut des employeurs : "Ils y accordent trop d’importance", analyse le directeur du cabinet, ils vont rester sur le factuel, et ne pas appeler les précédents employeurs. C’est une erreur." Car traquer ces éventuelles petites erreurs reste important, rappelle Augustin Valero : "On ne le fait pas pour coincer les candidats mais pour avoir un équilibre dans la relation. Recruter quelqu’un est un acte fort, c’est important d’être sincère. Si on apprend par la suite qu’il a menti, quelle confiance avoir en lui ?"

A LIRE AUSSI >> Hollande s'attaque au chômage : Nicolas, 30 ans, ou le quotidien ordinaire d'un chômeur désabusé