Michael Arnold, Sylvia Frasier, Kathy Gaarde, John Roger Johnson, Frank Kohler, Bernard Proctor, Vishnu Pandit, Arthur Daniels. Ces noms ne vous disent rien, ce sont pourtant ceux de huit des victimes identifiées sur les douze qu'a fait la tuerie survenue lundi dans un bâtiment de la marine américaine à Washington. Un événement sanglant imputé à un homme de 34 ans, Aaron Alexis, "seul et unique responsable de la perte de vies dans l'immeuble", selon la chef de la police de la capitale américaine, Cathy Lanier.

Si le FBI continue à collecter des informations à son sujet, les médias américains ont recueilli plusieurs éléments permettant d'esquisser un portrait du tueur de la Navy. L'acte terroriste est d'ores et déjà écarté au profit de ce qui pourrait être une terrible vengeance. Réserviste au sein de la marine américaine entre mai 2007 et janvier 2011, Alexis en avait été renvoyé pour "mauvaise conduite". Il était pourtant toujours lié à l'institution militaire, de par sa profession d'informaticien pour un sous-traitant de Hewlett-Packard chargé de mettre à jour l'intranet de l'US Navy et des Marines. Sa porte d'entrée vers le désormais tristement célèbre immeuble 197 du siège du Commandement des systèmes navals de la Marine américaine (NAVSEA).

Abimé par le 11-Septembre ?

Dans le quartier en reconstruction de Navy Yard, Alexis, abattu par les forces de l'ordre, a donc emporté dans sa mort douze personnes. Douze victimes d'un homme présenté comme un amateur d'armes à feu, dont le parcours souligne ce penchant. En septembre 2010, la police de Fort Worth (Texas), où il est déployé, est appelée par sa voisine après qu'une balle a traversé son plafond. Un incident qui aurait pesé dans son renvoi de l'armée américaine alors que six ans plus tôt, la police de Seattle l'avait arrêté sans le poursuivre pour avoir tiré trois balles dans les pneus de la voiture d'ouvriers.

A l'époque, son père indique aux enquêteurs que son fils est en proie à des accès de colère et souffre d'un syndrome de stress post-traumatique, né de sa "participation active" aux secours le 11 septembre 2001, ce qui lui vaudra d'ailleurs d'être décoré à deux reprises. Lui dira que les ouvriers lui avaient "manqué de respect" et évoquera "un black-out de colère". L'agressivité semble ainsi être un trait marqué de la personnalité d'Alexis, originaire de Brooklyn, où il a grandi avec ses parents. "En apparence, il semblait calme. Mais à l'intérieur, je crois qu'il était très agressif", raconte au Washington Post J. Sirun, qui l'a fréquenté dans un temple bouddhiste où Alexis, grand amateur de Thaïlande, se rendait deux fois par semaine pour méditer de l'été 2010 jusqu'à début 2011.

Srisan Somsak, un immigrant thaïlandais qui l'a accueilli dans son domicile de Fort Worth ces trois dernières années, jusqu'au départ d'Alexis pour la capitale fédérale courant août, parle lui d'un "bon garçon". "Je lui avais demandé pourquoi il avait arrêté son boulot avec le gouvernement. Il m'avait répondu 'quelqu'un ne m'aime pas'", se remémore-il. Quel souvenir d'Alexis conservera de son côté Oui Suthamtewakul, propriétaire d'un restaurant thaïlandais dans lequel travaillait gracieusement le tueur de la Navy ? "Lui avec une bière". Le monde gardera lui une image bien plus dramatique de celui qui suivait depuis l'été 2012 des études d'ingénierie aéronautique.