"Cela ne signifie pas que l'on repart à zéro". Même si le procureur de la République d'Annecy Eric Maillaud s'en défend, l'enquête sur la tuerie de Chevaline vient de retomber comme un soufflé. La garde à vue de l'homme arrêté mardi dans le cadre du quadruple meurtre perpétré en 2012 sur une route de Haute-Savoie vient d'être levée. Aucune charge n'a été retenue contre lui, même si son audition va se poursuivre dans une autre affaire portant sur un trafic d'armes.

Sur le papier, cet ex-policier municipal radié pour faute avait pourtant l'uniforme du coupable idéal : un montagnard "taiseux", voire "agressif avec certains touristes", ressemblant de manière troublante au portrait-robot du motard aperçu par des témoins près de la fusillade. Son portable avait aussi été géolocalisé non loin de la zone des faits le jour du drame. Cerise sur le gâteau, il vouait une passion débordante pour les armes, notamment les Luger, modèle de l'arme du crime. Mais lors de sa conférence de presse mercredi, le procureur avait lourdement insisté après l'emballement médiatique suscité par cette première arrestation française : "Il n'est pas suspect, nous l'entendons comme témoin".

Une affaire qui en cache une autre

Ni arme du crime, ni casque, ni moto ne seront finalement retrouvés durant les perquisitions à son domicile. "Nous nous devions néanmoins de creuser cette piste intéressante", nous explique le procureur, qui fait valoir que cette interpellation ne sera pas la dernière. "Les enquêteurs ont fait leur travail, a même admis l'avocat du gardé à vue, Me Dufour. Il eût été anormal qu'il n'ait pas été interrogé mais tous les éléments techniques et factuels le mettent hors de cause".

Mais l'ancien policier n'en a pas vraiment fini avec la justice. Chez lui, les enquêteurs ont en effet mis la main sur une quarantaine d'armes, des grenades, des munitions, un obus et des détonateurs. Désormais soupçonné de "commerce illicite d'armes de guerre et de munitions, activité illicite commise de surcroît en bande organisée", il sera entendu à ce sujet jusqu'à samedi 10 heures. "Quand vous passez une zone au peigne de fin lors d'une enquête comme nous le faisons à Chevaline, vous pouvez soulever d'autres affaires suspectes", résume Eric Maillaud.