C'est un scandale silencieux, dont chacun est complice. Les restes de pâtes ou le yaourt périmé que nous jetons à la poubelle ne sont que la partie émergée de l'immense iceberg du gaspillage alimentaire. Pour le dénoncer, un banquet gratuit pour 5000 personnes, concocté à partir de légumes ou de riz non consommés, est organisé samedi midi à Paris par Canal +, qui diffuse mercredi 17 octobre "Global Gâchis" un documentaire sur le sujet.

Chaque Français jette 96 kilos de nourriture par an, dont 7 kilos qui n'ont même pas été déballés. Mais le consommateur n'est pas le seul responsable. Les supermarchés, qui exigent des fruits et légumes calibrés conduisent à écarter jusqu'à un tiers d'une récolte. Pour garantir un choix abondant, l'offre alimentaire en France couvre 180% des besoins. Les poubelles de restaurants et supermarchés regorgent d'aliments, parfois aspergés d'eau de javel pour les rendre impropres à la consommation. Seules 100 000 tonnes sont redistribuées aux banques alimentaires.

430 euros perdus chaque année

Le problème est mondial. Du champ à l'assiette, un tiers des aliments produits sont perdus selon la FAO, organisation des Nations-unies pour l'agriculture, alors que 868 millions de personnes souffrent de la faim. "La solution n'est pas d'envoyer les tomates blettes et le pains rassis dans les pays pauvres mais le lien existe", explique Tristram Stuart, instigateur du premier "banquet des 5000" à Londres. Dans son livre "Waste", il explique que la flambée des prix des céréales est liée à une pénurie qui pourrait être réduite en jetant moins. Le gaspillage alimentaire entraîne aussi une surexploitation des terres agricoles, alors que les ressources de la planète sont limitées.

L'aberration de ce système s'accroît en période de crise. En effet, la nourriture jetée représente 430 euros par an et par Français. La question commence à agiter le monde politique. En janvier, le Parlement européen a ainsi appelé à diviser par deux le gaspillage alimentaire en 2025.