Les Français vont-ils adopter le réflexe doggy bag ? Très populaire outre-Atlantique, cette boîte cartonnée qui permet aux clients des restaurants d'emporter les restes de leur repas a toujours eu du mal à s'imposer dans l'Hexagone. Mais les choses pourraient changer. Le député Guillaume Garrot, qui rendra mardi au gouvernement les fruits de la mission qui lui avait été confiée il y a six mois sur le gaspillage alimentaire, va proposer selon nos informations des mesures pour promouvoir son usage. L'enjeu est de taille, alors que d'après la Commission européenne et les chiffres mis en avant par le gouvernement, 14% du gâchis alimentaire annuel serait généré par les restaurants, avec pas moins de 230 grammes d’aliments jetés par personne et par repas.

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A l'Umih, on y croit dur comme fer. Le principal syndicat d'hôtelier-restaurateurs (80.000 adhérents) a signé la semaine dernière un accord avec l'une des quelques jeunes start-up françaises engagées sur ce créneau, Take Away : les serveurs des restaurants partenaires proposeront spontanément sa "Box" aux clients. "Une pratique du doggy bag fonctionnait en France jusque dans les années 1980, lorsque la génération d'après-guerre donnait à la nourriture une valeur qu'on lui a malheureusement retirée. Il faut juste la remettre au goût du jour", plaide Jean Terlon, vice-président de l'Umih. Les restaurateurs ont tout à y gagner, souligne-t-il. "Si on pense business, le doggy bag peut créer une vente additionnelle : un client qui hésitait à prendre un dessert va plus facilement le faire puisqu'il pourra le finir à la maison".

"Ce n'est pas une question de honte, c'est culturel"

Take Away, qui s'est d'abord développée dans une cinquantaine d'établissements de la région lyonnaise, du bistrot au restaurant étoilé, espère qu'ils seront dix fois plus à adopter son doggy bag à l'échelle nationale d'ici à a fin de l'année (des discussions devraient notamment aboutir avec la chaîne Courtepaille). Un objectif plutôt prudent car Victor Marostegan, l'un de ses trois jeunes fondateurs, sait qu'il faudra "vaincre des freins". "Beaucoup de restaurateurs disent qu'on ne leur demande pas de doggy bag, et les clients, eux, qu'on ne le leur propose pas. La mise en place de notre signalétique dédiée, avec des pastilles en vitrine et sur les menus, permet de dépasser ce non-dit", nous explique-t-il. Et pour que les clients "osent demander et partir avec leur doggy bag", poursuit-il, la société a repensé son design. "On a cassé l'image du sac en kraft pour proposer un produit chic et tendance, avec une boîte étanche et micro-ondable, personnalisable à l'effigie du restaurateur".

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Mais "quel que soit l'emballage", estime Bernard Boutboul, directeur général du cabinet spécialisé Gira Conseil, le développement du doggy bag s'annonce "compliqué et lent". "Ce n'est pas une question de honte, c'est culturel : en France, on a de gros problèmes avec le fait de repartir avec ses restes". L'expérience du Chai 33, qui propose depuis octobre des boîtes "Trop bon pour gaspiller" dans ses deux établissements parisien et nantais, l'illustre bien. Sa responsable marketing nous assure qu'au final, "un client par jour environ, sur plus de 300 couverts", repart avec son doggy bag sous le bras. "Mais contrairement aux Etats-Unis où les portions sont gargantuesques, on calibre nos assiettes de façon cohérente", souligne-t-elle. Le Chai 33, engagé dans une "démarche globale anti-gaspillage", compte bien poursuivre sur cette voie : "Le doggy bag va finir par rentrer dans les mœurs".