Nouveau rebondissement judiciaire près de 20 ans après le génocide rwandais. Un ex-capitaine de l'armée, Pascal Simbikangwa, a été renvoyé devant les assises de Paris pour "complicité de génocide", ce qui pourrait donner lieu au premier procès en France lié au massacre de 1994. Vendredi, les juges du pôle "crime contre l'humanité" du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris ont ordonné la mise en accusation de ce paraplégique pour "complicité de génocide" et "complicité de crimes contre l'humanité" commis à Kigali et sur le territoire du Rwanda.

Une décision qualifiée "d'historique" par Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) interrogé par Metro. Il tempère : "Nous regrettons cependant que les juges aient déclaré des non lieux partiels pour les chefs d'accusations de tortures et actes de barbarie qui, parce qu'ils ont eu lieu entre 1990 et 1994, sont considérés comme prescrits". Le génocide rwandais a fait 800 000 morts en l'espace de trois mois selon l'ONU.

Le premier procès d'une longue série ?

Pascal Simbikangwa, arrêté à Mayotte en 2008, a été mis en examen en avril 2009 pour son rôle présumé dans le génocide. Il a ensuite été transféré dans une prison de La Réunion, puis, en novembre 2009, au centre de détention de Fresnes. "Nous sommes assez surpris qu'il soit le premier jugé alors que 23 autres plaintes sont en attente depuis dix-neuf ans, confie Alain Gauthier. Cependant, l'ex-militaire était depuis trop longtemps en prison et les juges sont obligés de le juger ou de le remettre en liberté ". Pour Michel Tubiana, un des avocats auprès de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), cette décision laisse à penser que tous les autres présumés complices de génocide vont également faire l'objet d'un procès.

Selon lui, la lenteur de la justice française dans cette affaire est notamment due aux faits qu'il y a eu "pendant longtemps un blocage des juridictions et qu'il y avait, dès le départ, une mauvaise volonté (l'intervention française au Rwanda reste très controversée, ndlr). A cela s'ajoute le manque de moyens matériels". Un manque pallié par la création, en janvier 2012, d'un pôle spécialisé dans les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre au Tribunal de Paris. Les avocats de Pascal Simbikangwa ont dix jours pour faire appel de son renvoi en procès. Même si c'est le cas, Alain Gauthier reste persuadé que le procès aura bien lieu. Pour Michel Tubiana, l'ex-capitaine encourt la perpétuité.