Vingt ans après le génocide rwandais de 1994, la France va juger pour la première fois un des responsables de cette tragédie qui a coûté la vie à 800.000 personnes. Il s'appelle Pascal Simbikangwa, 53 ans, paraplégique depuis un accident de voiture en 1986 et ancien capitaine rwandais, proche du président Juvénal Habyarimana. C'est l'assassinat de ce dernier le 6 avril 1994 qui a déclenché une vague de massacres au Rwanda pendant près de cent jours. Des faits pour lesquels Pascal Simbikangwa avait été mis en examen en 2009.

Réfugié à  Mayotte, il a été arrêté sur l'île en 2008 pour son implication dans un trafic de faux papiers. Une arrestation sur un territoire français qui permet à la France d'enquêter sur des crimes internationaux et de juger ses responsables en France. Le tout grâce à la création en 2011 d’un pôle "génocides et crimes contre l'humanité" au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris.

Chef de file du génocide rwandais

On l'appelait "le Tortionnaire". Simbikangwa était en effet connu au Rwanda pour les supplices qu'il infligeait à ses victimes, des membres de l'ethnie Tutsie pour la plupart mais aussi des Hutus modérés. Peu de Rwandais sont sortis vivants de ses sévices. L'ancien capitaine a fait régner la terreur durant l'été 1994, et avait un droit de vie ou de mort sur les civils. C'est lui qui était chargé de résoudre en secret les problèmes ethniques du Rwanda, agité par une rébellion armée tutsie depuis le début des années 90. Une quête qu'il va transformer en entreprise d'extermination. Il ira jusqu'à distribuer des armes à des miliciens extrémistes et les aurait encouragés à commettre des massacres. Il aurait aussi été directement impliqué dans le meurtre de plus de 1.600 personnes sur la colline de Kesho, dans la préfecture de Gisenyi au nord du pays.

Son procès, qui se tiendra du 4 février au 28 mars 2014 devant les assises de Paris, est une première en France. A l'origine, il s'agit d'une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui traque les génocidaires rwandais à travers le monde. Plusieurs autres responsables résident encore de manière légale en France. Des réfugiés rwandais suspectés d’actes de torture, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. D'autres procès pourraient donc suivre. En Europe, la Suisse, la Belgique ou encore l'Allemagne ont déjà jugé des anciens responsables du génocide rwandais.