Le procès a déjà une portée historique. La sentence pourrait être exemplaire. Vingt ans après le génocide rwandais qui a fait 800.000 victimes, Tutsi et Hutu modérés pour la plupart, la cour d'assises de Paris doit rendre vendredi son verdict à l'encontre de Pascal Simbikangwa. Cet ancien capitaine de la garde présidentielle est poursuivi pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité. L'Allemagne a, de son côté, déjà condamné à quatorze ans de prison il y a près d'un mois un autre Rwandais accusé lui aussi de complicité dans ce génocide. L'avocat général, Bruno Sturlese, avait requis mardi la réclusion à perpétuité. La peine maximale, donc, pour le premier procès en France.

La défense a pour sa part demandé l'acquittement du prévenu. Ce dernier, en fauteuil roulant depuis un accident de voiture survenu en 1986, est accusé d'avoir encouragé et armé des miliciens à Kigali, la capitale, pendant les cent jours, d'avril à juillet 1994, durant lesquels a eu lieu le génocide. S'il n'a donc pas exécuté à proprement parler, il a cependant "galvanisé, armé, ceux dont il savait qu'ils étaient devenus des chiens enragés, des massacreurs, des purificateurs", a fustigé l'avocat général dans son réquisitoire.

Jamais vu un seul cadavre

Pour appuyer la peine requise à l'encontre de Pascal Simbikangwa, la vice-procureur Aurélia Devos a pour sa part lancé : "Le plus grand responsable n’est-il pas celui qui encourage ? La responsabilité ne se compte pas en nombre de morts. La volonté d’exterminer dépasse le nombre des victimes". Les parties civiles ont, tout au long du procès, présenté Pascal Simbikangwa comme un menteur, un brillant militaire et tacticien que son accident a rendu aigri. Le prévenu aurait largement contribué à diffuser un message anti-Tutsi avant le génocide, notamment à travers la Radio mille collines, dont il fût l'un des principaux actionnaires.

Pascal Simbinkangwa a, de son côté, minimisé sa responsabilité durant les six semaines de procès, niant avoir jamais vu un seul cadavre. Bien sûr, "j'en ai entendu parler, mais je n'en ai pas vu", a t-il inlassablement répété, arguant par exemple que son handicap le contraignait à voyager "un petit peu allongé" en voiture. Il s'est en outre qualifié de "simple agent" chargé de "faire des synthèses" de la presse. Surtout, Pascal Simbinkangwa n'a cessé de vouloir donner l'image d'un homme qui a essayé de sauver des Tutsis réfugiés chez lui. Une thèse relayée notamment par Pascal Gahamani, 18 ans à l'époque des faits, qui a remercié son "sauveur" à la barre. La défense n'a pas hésité a taxé de menteurs les témoins venus accuser le prévenu.

L'accusé prononcera ses derniers mots vendredi. Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) espère, quelque soit la condamnation, qu'elle sera un "bon point de départ pour la vingtaine d'autres dossiers de présumés génocidaires déposés qui pourraient être un jour jugés par la France".