"Le discours que vous avez tenu il y a quelques jours fait mal à la France. Sur un sujet aussi sensible, je vous invite à ne pas confondre les populations, à ne pas confondre les gens du voyage qui pour la plupart sont Français, bref à tenir un discours républicain." Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a répondu fermement mardi à l'Assemblée nationale à Christian Estrosi qui l'interrogeait à nouveau sur les gens du voyage.

Dimanche, le député-maire de Nice avait critiqué pêle-mêle délinquants, Roms, gens du voyage et dénoncé l'occupation illégale de terrains par ces derniers dans sa ville, promettant de les "mater". Il faut dire que la thématique est "porteuse" à l'horizon des municipales 2014 et les polémiques se font plus nombreuses ces dernières semaines. De quoi mettre à rude épreuve Manuel Valls. Car pour le Monsieur sécurité du gouvernement, il s'agit de brandir le bâton de la fermeté sans faire du "Sarkozy bis", comme on l'accuse parfois. Ainsi, le locataire de la place Beauvau a-t-il pris soin de ne pas tomber dans les "amalgames", prenant ses distances avec "le triste discours de Grenoble" de l'ancien chef de l'Etat, en 2010.

"Respect de la loi"

Sûr de son fait, il a justifié les expulsions de Roms - qui se poursuivent à un "rythme élevé" selon la Ligue des droits de l'homme - au nom de "la loi", estimant qu'elle devait être "appliquée avec fermeté", car "il n'est pas acceptable qu'il y ait des occupations illicites de terrains publics ou privés". Concernant les gens du voyage, le ministre a dit cette fois "comprendre la colère d'élus", tout en regrettant le non-respect de la loi par certaines communes. "Si toutes les communes, si tous les départements, respectaient la loi Besson (…) on n'en serait pas là", a-t-il ajouté, en référence à la loi votée en 1990 - plusieurs fois modifiée par la suite - et qui prévoit l'évacuation des terrains occupés illicitement et la mise à disposition d'une aire d'accueil dans les communes de plus de 5.000 habitants pour les gens du voyage.

Reste que Manuel Valls semble hériter d'une situation de plus en plus tendue sur le terrain. "Depuis 2010, il y a beaucoup plus de demandes d'expulsions formées par des maires de tous partis politiques", précise à l'AFP Emmanuel Aubin, professeur de droit public à Poitiers. Ces décisions sont, selon lui, rapidement exécutées, loin des feux médiatiques qui sont actuellement braqués sur Guérande ou Nice. "Le délaissement des communes par l'État est une vieille lune", agitée en période pré-électorale, poursuit le spécialiste. Une vieille lune avec laquelle le ministre de l'Intérieur devra toutefois composer cet été.