On l’a surnommé le "Mein Kampf" des djihadistes. "L’Administration de la sauvagerie" - ou pour sa version française "Gestion de la barbarie", sous-titré "L’étape par laquelle l’islam devra passer pour restaurer le califat" - un manuel théorisant l’arrivée au pouvoir des djihadistes par l’ultra-violence, serait devenu un manuel de référence pour l’organisation Etat islamique (Daech). Paru sur Internet en 2004, l’ouvrage, écrit par un certain Abou Bakr Naji, qui serait l'une des têtes pensantes d'Al-Qaïda, détaille comment semer le chaos, affaiblir les Etats et conquérir le pouvoir par le sang. L’objectif : l’instauration d’un Etat islamique où règnera la charia.

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Ouvrage de référence pour les djihadistes de Daech

Pour y parvenir, l’auteur déroule un programme en trois phases. Le processus commence par la phase de "l’épuisement et la démoralisation". Il s’agit d’affaiblir les Etats, en les surprenant à la périphérie. Il faut alors répandre "la terreur dans le coeur de l’ennemi, une terreur qui n’aura pas de fin", et "polariser" la population, "amener les masses dans la bataille" qui doit être "très violente, comme la mort dans un coeur qui s’éteint". Vient ensuite la deuxième étape, celle de l’ "administration de la sauvagerie". Dans un contexte où les autorités ont perdu de leur pouvoir, les jihadistes doivent s’appuyer sur l’envie de retour à l’ordre des populations. Ils doivent alors jeter les bases d’un Etat, en devenant les garants du ravitaillement, de l’hygiène, en apportant de l’argent et des avantages sociaux. En somme, d'"unir le coeur des gens", tout en maintenant la terreur. Enfin, il faut, à la dernière étape, "étendre sa domination" et de proclamer le califat.

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Le texte aurait trouvé un écho retentissant auprès de l’état-major de Daech. "J’avoue que la première fois que j’en ai entendu parler, il y a quelques années, dans le centre militaire de West Point, aux Etats-Unis, où on l’étudiait, j’ai pensé que l’importance qu’on lui accordait était peut-être surévaluée. Mais quand Daech s’est installé en Syrie, en 2013, la ressemblance des modes opératoires était frappante. Aujourd’hui, je dois constater que tous les commandants de brigade de l’EI ont lu ce livre", confie Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions d’islamisme, cité par l’Obs. Le chercheur Hassan Hassan, analyste dans un centre de recherches à Abu Dhabi, qui a consacré une longue enquête à Daech le confirme: "Ce livre est très lu parmi les commandants de Daech, afin par exemple de prouver que les décapitations sont justifiées."

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En vente sur Amazon, la Fnac...

En France, "Gestion de la barbarie" est en vente libre au prix de 24 euros sur le site Internet d’Amazon, de la Fnac, ou encore sur celui de la Librairie Catholique. L’ouvrage est publié par Editions de Paris. Sur son site Internet, cette maison d’édition basée à Versailles, spécialisée notamment dans les ouvrages sur l’Islam, justifie ainsi la diffusion des "exemples à l’appui, (des) instructions à suivre pour démoraliser et détruire l’Occident": "Ce document hallucinant, Mein Kampf des islamistes, donne un sens aux informations de la presse. Il faut le lire et le faire connaître, pour qu’il ne soit pas dit : 'Nous ne savions pas !'".

Mais qu’on ne s’y trompe pas, cet ouvrage théorique est bien un mode d’emploi en quelque 250 pages. Comme le souligne l’éditeur dans la préface. "Ce livre parle de la façon dont les fanatiques musulmans pourraient réduire à merci et envahir les pays chrétiens, non par les armes mais par le terrorisme et divers procédés d’intimidation pour désorganiser la société, ruiner l’autorité, réduire à néant les forces de résistance et préparer une totale prise en mains, une gestion de la "barbarie" alors en place". Ou comment apprendre à devenir un parfait jihadiste pour 24 euros...

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