Avec GIGN, 40 ans d’actions extraordinaires, Roland Môntins raconte les plus grandes missions du Groupe. On se laisse entrainer dans ces histoires bien réelles comme dans un roman. Il y règne une tension tel qu’une fois commencé vous ne pourrez plus vous arrêter.
Avec GIGN, 40 ans d’actions extraordinaires, Roland Môntins raconte les plus grandes missions du Groupe. On se laisse entrainer dans ces histoires bien réelles comme dans un roman. Il y règne une tension tel qu’une fois commencé vous ne pourrez plus vous arrêter. Photo : DR

"A 3 mètres de moi, un terroriste me tire dessus. Je réponds dans le dixième de seconde. Il me rate. Moi, pas."  Nous sommes le 26 décembre 1994. Il est un peu plus de 17h. Le gendarme d'élite Roland Môntins vient de tuer le premier et dernier homme de sa carrière. Il a déboulé depuis quelques secondes dans l’Airbus stationné sur l'aéroport de Marignane. Là, 172 passagers sont pris en otages par quatre terroristes algériens depuis plus de 50 heures. Allongé sur le dos entre deux rangées de siège il échappe aux rafales de mitraillette, tirées à l’aveugle par les terroristes depuis le cockpit qui lui passent à 40 centimètres du visage. ˝C’est un moment très difficile… Tiens, à la tienne" s'interrompt-il en brandissant sa bière. Avant de reprendre son récit de guerre : "Le commandant Favier me rejoint. On les contient en tirant à travers les cloisons. Ils envoient une grenade, c’est là que je suis blessé à la jambe". Devant lui, son équipier, Thierry, touché de plusieurs balles, gît dans une mare de sang. "Si j’avais été le chercher, je me serais fait descendre. Cinq gars avaient déjà été blessés en essayant de prendre sa position".

"Nous avons réalisé un exploit"

Les blessures physiques causent aussi des séquelles morales. "Pendant des années, je ne pouvais pas voir les images sans me mettre à pleurer" lâche cet homme de 60 ans, bâti comme un colosse, dont le regard apaisé tranche avec ses récits. "Inconsciemment tu as un sentiment d'invincibilité qui disparaît. Car entre l’équipement, l’entraînement, les potes autour, tu es convaincu que tu es le plus fort". "Nous avons réalisé un exploit : libérer la totalité des otages sans aucun blessé, sans mort parmi nous, en neutralisant définitivement les terroristes". "Neutraliser définitivement". Roland ne dit jamais "tuer". Un problème d'éthique. "Quand on intervient, on fait tout pour que la neutralisation ne soit pas définitive. Mais dans ce cas là, on n'avait pas le choix". Roland Montins vient de vivre le sommet de sa carrière, dix ans après être entré au GIGN.

Un grutier assembleur de roquettes qui n'aime pas l'armée

On rencontre parfois son destin sur les routes qu'on a prises pour l'éviter. Et ce n'est pas Roland Môntins qui dira le contraire, lui qui revient de son service militaire antimilitariste, ou presque. Ce n'est pas tant ce travail de "grutier assembleur de roquettes" qui l'a dérangé. "Défiler, marcher au pas, cela me faisait chier". Autant dire que quand l'un de ses amis lui propose de l'accompagner pour se renseigner à la brigade de Gendarmerie, Roland n'est pas très chaud : "Les gendarmes c'est des militaires, ils sont aussi cons que les autres" lui dit-il dans son langage fleuri. Et puis finalement, il se laisse entraîner, lassé de son métier de couvreur zingueur qu'il exerce 50 heures par semaine depuis qu'il a 17 ans. C'est pendant son stage de gendarmerie qu'il prend conscience de ses capacités physiques hors normes. "Lors de la marche commando de 8 km (avec casque, fusil et sac lesté de 10 kg, ndlr), j'ai mis 35 minutes. Je ne sentais rien". Michel L., l'un de ses recruteurs  au GIGN qui deviendra son ami raconte l'épreuve de boxe : "On lui met un adversaire, il le descend en moins de 30 secondes, on lui met un deuxième mec, il le descend. Physiquement, c'était une bête". Il faut dire qu'il est passionné de cyclisme qu'il pratique assidûment dans son Dauphiné natal. "Le vélo, ça a été une école de la souffrance". Une capacité à supporter la douleur qui lui a servi au GIGN.

"Tu lui balances une grenade"

Roland devient gendarme et trois ans plus tard, lit un livre sur le GIGN et a le coup de foudre. Il passe les tests d'entrée et termine premier sur 120. Plusieurs années plus tard, Roland deviendra lui-même recruteur au Groupe. "Tu dis à un candidat, 'Va faire une reconnaissance de l'estafette garée là-bas', et pendant qu'il y va, tu lui balances une grenade. Il y a trois types de réactions : celui qui s'arrête, tétanisé. Celui qui fonce tête baissée. Et celui qui va essayer d'être malin". C'est celui-là que l'on cherche". 

"Il était calibré comme un avion de chasse"

Au GIGN, Roland réalise 260 missions réparties sur 13 ans. Avec des intenses moments de fierté. Quand aucun coup de feu n'est tiré. "Le premier forcené que j'ai désarmé à mains nues avait 72 ans. Mais il était armé et la balle s'en fiche de l'âge". Le deuxième, c'était un bandit "calibré comme un avion de chasse". Il lui a jeté un pied de biche dans les jambes. 
Il laisse aussi quelques regrets, comme celui de n'avoir pas réussi à arrêter un ancien Harki retranché chez lui, armé d'un fusil de chasse à l'éléphant qui avait blessé 7 policiers à travers porte, bouclier et gilet pare-balles. "On a bataillé pendant 8 heures pour essayer de l'attraper vivant. Et puis finalement, le tir de neutralisation lui a été fatal. On vise l'épaule, mais au dernier moment, il s'est mis de profil. La balle l'a traversé d'épaule en épaule. Ce fut un échec pour moi". 

Sentir l'odeur de poudre brûlée pour pouvoir l'écrire

Roland quitte le GIGN en 1995 avec l'impression que l'opération de Marignane a "bouclé la boucle" et part commander pendant trois ans le groupe d'intervention de gendarmerie du Pacifique basé à Nouméa. Il prend ensuite sa retraite et petit à petit, découvre l'écriture. Par nécessité : "Je voyais à la télévision beaucoup de gens qui racontaient Marignane. Mais quand j'étais dans l'avion, eux, je ne les ai pas vus. Celui qui n'a pas vécu les choses ne peut pas les raconter. L'odeur de poudre brûlée, il vaut mieux l'avoir sentie pour la décrire. Ces petits détails sont très importants pour moi". 
Il publie L'Assaut en 2007 qui sera adapté au cinéma. Il écrira deux autres livres en mettant parfois certains de ses amis du "groupe" dans des situations qu'il a vécues. "Je n'aime pas dire "je, je, je" dans mes livres. Et puis moi, ou un autre du groupe, c'est pareil finalement". 

"Mon fils, je le préfère au GIGN qu'ailleurs"

Sa vie dangereuse ne l'a pas empêché de fonder une famille. "Quand il y a une alerte, tu lâches femme et enfants. Ce métier a coûté beaucoup de divorces. Moi ça a tenu car j'ai une femme intelligente qui a compris que l'amour de mon métier n'était pas en rivalité avec l'amour que je lui portais. Son fils 19 ans veut entrer au GIGN. Mais cela n'inquiète pas Roland : "Je le préfère au GIGN que gendarme mobile ou gendarme dans une brigade. Quand tu es au GIGN tu risques moins ta vie qu'ailleurs car tu sais d'où vient le danger".

Roland est interrompu par la sonnerie de son téléphone. La musique d'Ennio Morricone du Bon La Brute et le Truand. "J'adore Clint Eastwood" confie-t-il. Mais n'allez pas croire que c'est un cow-boy "Même quand j'étais au GIGN, je n'ai jamais été un passionné des armes". Ni même un héros, malgré les centaines d'otages qu'il a libéré : "On ne faisait que notre boulot, comme le fait un chirurgien qui opère du cœur". Avec un bistouri de calibre .357