Pas de trêve des confiseurs pour les ouvriers de Pilpa. Alors que leur usine est à l'arrêt depuis le 22 décembre pour les fêtes, les salariés du fabricant de glace se relaient devant les locaux. "On a peur que notre direction emporte les machines et qu'on ne puisse pas redémarrer la production, explique à Metro Rachid Aït Ouakli, délégué CGT. Ils nous ont souvent menti, on est sur nos gardes." "Ils", ce sont les dirigeants du groupe R&R Ice Cream, qui a racheté Pilpa en septembre 2011 et qui a annoncé en juillet dernier la fermeture du site de Carcassonne, qui emploie 122 salariés.

"On surveille les accès et les lumières"

Jusqu'à la remise en marche des machines, prévue le 3 janvier, les salariés se sont installés dans un local face à l'usine. Ils sont trois ou quatre à fonctionner par roulement, plus un vigile qui assure la surveillance de nuit. "On surveille les trois accès, les locaux, on regarde s'il y a des lumières… C'est sûr qu'on préférerait passer nos fêtes en famille, reconnaît Rachid Aït Ouakli, qui rentre chez lui jeudi après son tour de garde. Mais si nos machines s'en vont, le site est fermé." Un numéro d'urgence a été mis en place et les syndicats assurent que, en cas d'alerte, une soixantaine de personnes sont prêtes à s'interposer "entre les machines et les camions".

Les salariés scrutent couvent surtout la machine qui fabrique les bâtonnets moulés Oasis. Pour les syndicats, il ne fait aucun doute que R&R a racheté Pilpa pour couler la concurrence et récupérer ses licences (Oasis, Disney, Fauchon) qui assurent les plus fortes marges de production.

R&R se défend d'être un "patron-voyou"

La direction de R&R récuse les accusations de la CGT qui visent "à nous faire passer pour les patrons voyous que nous ne sommes pas". Lionel Rolland, directeur général de Pilpa et de R&R France, assure que "le site perd de l'argent" et qu'il existe des surcapacités de production dans le groupe, qui compte 699 salariés en France.

Au moment du rachat, l'usine de Carcassonne comptait 157 salariés et 80 équivalents temps-pleins en interim. Ils ne sont aujourd'hui plus que 122 à défendre leurs emplois. La justice a remis en cause le 11 décembre la première version du plan social d'entreprise, mais la bataille juridique se poursuit, avec un rendez-vous le 10 janvier au tribunal. Les salariés cherchent à gagner du temps, pour redémarrer une nouvelle saison de production – qui bat son plein entre mars et juin – et trouver un repreneur. Dans le cas contraire, ils n'écartent pas l'option de se constituer en société coopérative de production (Scop) pour reprendre leur usine.