Immigration, "race", "racines judéo-chrétiennes de la France"... Nadine Morano est décidément intarissable sur ces sujets dont elle a fait sa spécialité depuis un fameux samedi soir sur France 2, chez "On n'est pas couché", où il fut question de la France, "pays de race blanche". Invitée mercredi soir à la conférence des Amis du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la députée européenne a mis en pratique ce qu'elle sait si bien faire : se lâcher. Fonctionnant par associations d'idées, la candidate proclamée à la primaire de la droite pour la présidentielle, conviée comme l'ont été Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire avant elle, a livré à l'envi à une (petite) salle mi-sceptique, mi-séduite (180 participants seulement contre plus de 500 pour ses prédécesseurs, selon un journaliste du Figaro), son credo sur le "déclin de la France".

Quitte à manier des concepts sulfureux. Un journaliste, tiquant sur ses références répétées à la démographie, lui demande si elle croit au "grand remplacement", cette théorie diffusée par l'extrême droite qui annonce le remplacement complet de la population française (ou européenne) dite "de souche" par une population non européenne avec, à terme, un changement de civilisation. "Nous n'en sommes pas encore là", tempère d'abord la députée européenne. Avant de poursuivre : "Mais nous vivons une vague migratoire de masse", dénonce-t-elle, ciblant ensuite "des gens qui n'aiment pas la France, qui veulent sa destruction".

"Déclin" de la France

De démographie et d'immigration, il aura souvent été question lors des débats. D'ailleurs, Nadine Morano explique que c'est précisément cette "vague migratoire massive" qui a motivé, à l'été 2015, sa décision de participer à la primaire. "Je n'ai jamais rêvé d'être présidente de la République", assure-t-elle. "Ce qui m'a décidé, c'est de voir le déclin de mon pays". Un "déclin" pas seulement économique, aux yeux de l'ancienne ministre. "Le pays a besoin de maintenir son identité culturelle." A de nombreuses reprises, Nadine Morano reprend son fameux leitmotiv des "racines chrétiennes de la France". Y ajoutant tout de même que "la France est une République laïque". "Chez Laurent Ruquier, explique-t-elle aussi, je ne m'attendais pas du tout à ce que le buzz se fasse sur mes propos sur la race blanche. Je pensais qu'il se ferait sur : 'Je ne veux pas que la France devienne musulmane'".

Pour appuyer ses propos, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy se plaît à raconter (à nouveau) son enfance dans une barre d'immeuble de la banlieue de Nancy. "J'ai grandi dans une cité jusqu'à mes 24 ans. Il a commencé à y avoir des problèmes quand on a mis tous les immigrés à l'intérieur (...) Vous croyez que ça apporte quoi, des gens sans papiers, séparés de leur famille, sans ressources ? Ça crée du trafic de drogue, de la délinquance, de la prostitution." Dans son quartier, "il n'y avait pas de mosquée. Aujourd'hui, la moitié de la population serait musulmane", assure-t-elle. Elle dit aussi avoir vu "dans les statistiques de l'Insee, dans certains quartiers, des déséquilibres" entre la population française et la population "étrangère". 

"Ce qui se joue : la soumission de la femme"

S'ensuit, logiquement, un glissement vers les thèmes de l'intégrisme et de la laïcité. "Ce qui se joue aujourd'hui, c'est la soumission de la femme. Nous n'avons qu'une seule interdiction en France, celle de se dissimuler le visage. Le port du voile intégral est une publicité ambulante pour le salafisme." Faut-il durcir les interdictions dans l'espace public ? Pour la première fois, Nadine Morano émet un doute : "Pour l'instant j'ai pas la réponse adéquate à apporter entre la liberté de chacun et la défense des femmes". 

Malgré tout, l'élue de Lorraine jure à un participant qu'elle "ne court pas après le Front national". Mais elle précise : "Je cours après les électeurs qui en ont ras-le-bol."

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