Il nous accueille tout sourire dans son bureau, à la mosquée de Drancy (Seine-Saint-Denis), en costume. Une chéchia sur la tête comme seul signe religieux, l'imam, d'emblée, a beaucoup de choses à nous dire. D'abord sur les récents évènements en Tunisie, dont il est originaire, il nous confie sa tristesse d'avoir perdu un "ami", l'opposant Chokri Belaïd, assassiné par des "malades extrémistes".

Ce problème, Hassen Chalghoumi le connaît bien. Il en a fait son combat en France. Connu pour ses positions modérées et sa volonté de dialogue avec les juifs, sa vie est aujourd'hui menacée. Des salafistes ont promis sa mort. C'est d'ailleurs talonné par des policiers en civil, dans un bureau verrouillé, que l'imam nous raconte son combat. Et l'angoisse perpétuelle qui l'accompagne. "Qu'ai-je donc fait ? nous lance-t-il. En parlant des juifs, de leur histoire, de la Shoah, je veux lutter contre les racismes, et au final nous protéger aussi, nous, musulmans. Mais j'ai été pris pour ennemi".

"Oui, l'islam est compatible avec la République"

Mais l'homme ne désarme pas. Dans l'ouvrage "Agissons avant qu'il ne soit trop tard"*, un entretien avec le journaliste David Pujadas, à paraître jeudi, l'imam tire -une nouvelle fois- la sonnette d'alarme. "Avant qu'il n'y ait d'autres Mohamed Merah, lance-t-il, avant que le front national ne l'emporte, avant que les sites internet radicaux ne récupèrent nos jeunes" ! L'homme s'agite. "J'aimerais que la France comprenne que l'islam n'a rien à voir avec tout ça. Que nous sommes les premières victimes, nous musulmans, des dérives extrémistes. A cause des fanatiques, l'islam fait peur aujourd'hui. Regardez les derniers sondages : 74% des Français trouvent qu'il est incompatible avec la République, c'est grave !"

Alors, dans son livre, il lance un appel : "imams, parents, écoles, pouvoirs publics... tout le monde doit agir". Comment ? Cela commence par la création d'un "Islam de France", nous répond -il. "La plupart des imams viennent de l'étranger, du Maroc, de l'Algérie... Ils sont formés et parlent aux musulmans au nom de ces pays. C'est de l'ingérence étrangère. Il faut que la France forme ses propres imams". L'homme insiste : "Oui, l'islam est compatible avec la République. Il y a six millions de musulmans en France, qui vivent pleinement leur foi, en paix. Je m'exprime au nom de cette majorité silencieuse".

Ce message, cette "volonté d'un islam respectueux des valeurs de la France", il le publie dans un manifeste co-signé par dix autres imams. Dix, c'est peu. Mais Hassen Chalghoumi l'assure, il n'est pas isolé, loin de là. "J'ai reçu énormément de soutiens, mais je ne les cite pas pour les protéger. Sinon, on les accusera de s'allier avec "Chalgoumi le juif", d'être des traîtres." Convaincu de la justesse de son combat, l'"imam des lumières", comme il se qualifie lui même, poursuit sa lutte contre l'"obscurantisme". "Quel qu'il soit et coûte que coûte".

*"Agissons avant qu'il ne soit trop tard, le défi d'un imam", de David Pujadas et Hassen Chalghoumi, Cherche midi, 119 pages, 12 euros.