Tous les médias ont relayé leurs visages figurant dans l’appel à témoin des gendarmes. Avec ce message : "Recherche de 2 mineures radicalisées en fugue depuis la Haute-Savoie, susceptibles de quitter le territoire national par tous les moyens et d’utiliser de fausses identités". Israé et Louisa, les deux adolescentes de 15 et 16 ans rentrées saines et sauves chez elles, assurent pourtant ne pas avoir voulu rejoindre les rangs de Daech. Les gendarmes avaient lancé un avis de recherche présentant les deux jeunes filles, parties vendredi après-midi de la banlieue d’Annecy (Haute-Savoie), comme étant "radicalisées". Ce que conteste aujourd’hui la famille de Louisa, qui accuse les gendarmes de s'être emballés.

Réelle crainte des enquêteurs

Si Israé était bel et bien soupçonnée d’être radicalisée - sa mère avait appelé le numéro vert Stop Djihadisme et avait suivi une procédure de "déradicalisation" -, il n’en était rien de Louisa. "Il n’y a jamais eu aucun problème de radicalisation dans notre famille. Nous sommes musulmans, pratiquants, pas une seule ne porte le voile", conteste auprès de metronews la tante de Louisa. "C’est une petite fugue qui a pris une ampleur infernale. Son nom est désormais fiché et assimilé au terrorisme. Alors qu’elle n’a rien à voir avec ça", regrette-t-elle. Elle poursuit : "Mes filles, on leur dit maintenant : ‘Ah, c’est vous la famille des terroristes’. L’avis de recherche a été diffusé trop rapidement".

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Les gendarmes sont-ils allés trop vite en besogne ? Pourquoi avoir considéré Louisa, qui n’était pas connue des autorités, comme "mineure radicalisée" ? "Au moment des faits, la crainte des enquêteurs était qu’elle ait été entraînée par sa copine, qui elle était radicalisée, pour quitter le territoire. Elles étaient mineures et vulnérables. C’est grâce à l’appel à témoin, sa viralité sur les réseaux sociaux, qu’elles sont rentrées", coupe une source proche, agacée. "C’est facile de s’élever aujourd’hui contre un appel à témoin, une fois qu’elles sont rentrées, saines et sauves. Si elles avaient vraiment franchi la frontière, on aurait reproché aux gendarmes de ne pas avoir diffusé le signalement", ajoute cette source.

Plainte pour mise en danger d’autrui ?

Reste qu’aujourd’hui, la famille de Louisa déplore que l’adolescente ait été considérée comme adolescente radicalisée. "Elle n’a fait que suivre sa copine. Laquelle est partie apparemment pour une histoire de cœur. Elles ne voulaient pas aller en Syrie. Juste à Chambéry", poursuit la tante de Louisa.

"Aujourd’hui, [Louisa] porte le poids énorme de la culpabilité et, à son insu, a entraîné sa famille dans la tourmente", explique Marc Dufour, l’avocat de la famille, dans les colonnes du Dauphiné Libéré. "Elle vient du néant par rapport à Daech et se retrouve au sommet de l’Himalaya ! Depuis, elle est destinataire, via les réseaux sociaux, de messages insultants et menaçants", ajoute-t-il. L’avocat, qui met en cause la diffusion de l’appel à témoin, envisage de déposer une plainte pour mise en danger d’autrui.